Marianne nous voilà !
Un peu de recul historique, en particulier sur les débuts de la IIIe République, période des fondations d’une certaine conception de l’instruction civique.
C’est l’article 1 de la loi de Jules Ferry du 28 mars 1882 : « L’enseignement primaire comprend : l’instruction morale et civique », alors que la loi Guizot du 18 juin 1833, reprise par la loi Falloux en 1850 disait : « L’instruction primaire et élémentaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse. » C’est, bien sûr, le fondement législatif de la laïcité de l’enseignement. Mais au-delà, l’instruction civique se voit assigner un rôle positif. Il s’agit de fonder la République dans les cœurs et dans les esprits. On avait pu voir en 1848 combien la République était fragile : « Sans l’instruction du peuple, dira en 1865 Hippolyte Car, le suffrage universel peut être un grand danger, de même que sans la liberté, il n’est qu’un grand mensonge. Il n’y a pas d’intérêt plus grand que celui de mettre tous les citoyens en état d’exercer avec discernement leur part de souveraineté. » Plus explicite encore, Jean Macé, le fondateur de la Ligue de l’enseignement, dans un discours du 14 janvier 1884 : « En 1848, je ne demandais pas le suffrage universel, car je le considérais comme un instrument dangereux s’il n’allait pas de pair avec l’instruction civique. Aussi ai-je eu froid dans le dos, quand il a fait son apparition, du soir au matin, et j’avais bien raison. Sans lui, nous n’aurions pas eu l’Empire, et nous aurions encore l’Alsace et la Lorraine. » Et il continue, parlant maintenant du présent : « Quand la Ligue a dit qu’elle ne s’occupait ni de politique ni de religion, elle avait raison. Elle ne s’occupait que de l’éducation du suffrage universel, non pas pour faire des élections, mais pour faire des électeurs, non pas pour faire des candidats, mais des citoyens. Aujourd’hui, dira Ferdinand Buisson, l’un des principaux collaborateurs de Ferry, la République fait vivre l’école, demain l’école fera vivre la République. »
Cette fondation républicaine est inséparable de l’affirmation nationale d’une France blessée, et on ne sépare pas en effet l’instruction civique de l’instruction militaire, ou plutôt prémilitaire. Le même article 1 de la loi de 1882 inscrit, à la fin des matières obligatoires, « pour les garçons, les exercices militaires » ; une loi de 1880 avait institué un enseignement de la gymnastique ; un décret du 6 juillet 1882 crée les bataillons scolaires. Ceux-ci doivent être constitués dès qu’il y a au moins 200 élèves de 12 ans et plus, mais, même si ce nombre n’est pas atteint, il faudra donner l’instruction militaire. En 1881, trois fusils sont attribués à chaque école.
L’esprit de tout …