Les étudiants adorent, le formateur déteste
Construire avec ses élèves le règlement de la classe, et faire qu’il soit ainsi mieux compris et mieux respecté, qui n’en rêve pas ? D’accord, mais sans naïveté, et en mesurant bien les apprentissages induits par les dispositifs que nous choisirons pour cela, et les significations qu’ils produiront.
Lorsque je propose à mes étudiants stagiaires de master 2 « Enseignement » de travailler l’enseignement moral et civique à partir d’albums de jeunesse, ils choisissent souvent Moi j’adore, la maitresse déteste, sans doute parce qu’il est facile à trouver à la médiathèque de l’ESPÉ ou dans les bibliothèques des écoles où ils vont en stage. Sans doute aussi parce que le bouche à oreille fonctionne : d’un étudiant, d’un stagiaire à l’autre, d’un enseignant de l’école au stagiaire.
Mais alors, pourquoi les conseilleurs le conseillent-ils ? Serait-ce le côté rigolo des dessins et des bêtises exposées ? Comme « qu’on remonte sale et plein de boue quand on doit s’assoir sur le tapis ». Pas vraiment. Le plus souvent d’ailleurs, quand j’affirme devant mes étudiants que c’est rigolo, ils sont gênés et il y en a toujours un ou une qui s’insurge. Appelons cette stagiaire Bernadette pour lui conserver l’anonymat : ce n’est pas que Bernadette ne trouve pas ça rigolo, mais elle considère que j’embrouille. Au moment où elle-même est justement en train de passer du côté de la maitresse (ce qui n’est pas si facile), elle trouve que j’embrouille en me plaçant (moi qui suis censé être une sorte de supermaitre) du côté des élèves.
Ce qui plait à Bernadette, c’est que cet album lui parait correspondre tout à fait à ce qu’elle doit faire : faire concevoir le règlement de la classe par ses élèves. Elle a compris que le règlement prend du sens quand les élèves l’ont conçu eux-mêmes. C’est d’ailleurs écrit dans les textes d’accompagnement des programmes. Bernade…