La construction du problème
Quand les enseignants s’attèlent à concevoir et construire des tâches complexes motivantes, sont-ils assez attentifs aux concepts qu’elles doivent permettre aux élèves de construire ? Une vigilance essentielle, car c’est bien là le cœur des apprentissages visés.
Quand l’Éducation nationale préconise les tâches complexes, elle retrouve une idée forte de l’école nouvelle : celle de sortir de la scolastique, comme aurait dit Freinet, c’est-à-dire de ces exercices axés sur un apprentissage ponctuel, qui appellent une réponse et une seule, ne laissant à l’élève aucune initiative, et dont les enjeux sont purement scolaires, sans rapport avec la vie extérieure à la classe.
On peut voir là le souci de donner sens aux apprentissages. Mais il est bien des manières de définir une tâche complexe, qui, dans ses interprétations pédagogiques, me semble parfois plus proche de la complication que de la complexité au sens d’Edgar Morin, laquelle est marquée par l’incertitude, les contradictions internes, les paradoxes. Elle semble toutefois impliquer l’idée d’énigme, de problème, bien que cette dimension reste souvent implicite.
Problématiser c’est poser, construire et résoudre un problème. La construction du problème, c’est le cœur de l’apprentissage, mais cela exige d’articuler des données et des conditions dans un cadre théorique (par exemple disciplinaire ou interdisciplinaire) déterminé.
C’est cet aspect que je voudrais développer ici, en soulignant ses enjeux éducatifs. Il se peut qu’une tâche apparemment simple se révèle complexe lorsqu’on explicite la problématique qui la sous-tend. Inversement, il ne suffit pas de concevoir une tâche complexe pour …