Jouer pour apprendre : une idéalisation à interroger
La recherche est souvent convoquée pour justifier l’usage du jeu en classe, mais une réflexion rigoureuse invite à lui donner sa juste place, modeste, parmi les dispositifs pédagogiques porteurs de progrès.Pour beaucoup de personnes, professionnels ou parents, proches ou non du monde de l’éducation, le jeu est considéré comme un outil pédagogique essentiel pour soutenir les apprentissages des enfants. Mieux, il serait « fondamental » dans leur développement. Cette assertion est souvent accolée à des références à des pédagogues, quand bien même certains témoignaient plutôt d’une aversion pour cette pratique (que ce soient Maria Montessori ou Célestin Freinet), ou adossée à des travaux issus de la psychologie (principalement Lev Vygotski et Jean Piaget). Quand le sens commun est étayé, les références sont souvent anciennes, renforçant alors l’argument (« depuis le temps qu’on le sait… »), très souvent françaises, et plus rarement issues du monde universitaire.
Pour autant, les relations entre jeu et éducation sont loin d’être évidentes, au gré des époques et des héritages culturels, comme avait pu le rappeler Gilles Brougère