Harmonie coéducative
Lamento« Si ses parents s’impliquaient un peu plus dans sa scolarité, leur enfant réussirait ! » Derrière cette assertion, et toutes ses dérivées que l’on peut encore régulièrement entendre en salle des professeurs ou sur les réseaux sociaux, se cachent une double lecture et deux croyances tenaces. D’abord, la démission éducative des parents. Ensuite, en miroir, le fait que l’implication éducative parentale serait mécaniquement synonyme de réussite de l’élève. Les deux sont des mythes aujourd’hui bien documentés par la recherche.1.
Si l’engagement des parents ne produit pas de facto la réussite scolaire de leurs enfants, elle en reste cependant un facteur impactant. Le système éducatif en est conscient et la loi de refondation de 2013. est précise en ce sens : « Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. » Pourtant, il semble que, malgré les lois et les discours, cette coéducation parents-école reste un vœu pieux. Pour ne donner qu’un exemple, quels pouvoirs actionnels effectifs des parents dans les instances décisionnelles des établissements les feraient passer du stade d’acteurs éducatifs au stade de véritables auteurs éducatifs« La coéducation existe-t-elle vraiment ? », Marie-Claude Cortial, Cahiers pédagogiques, 22 janvier 2019 ?
Tout se passe presque en double aveugle, comme si la cellule classe était une boite noire pour la famille et la cellule familiale une boite noire pour l’enseignant. De quoi largement nourrir les fantasmes des uns et des autres. Subrepticement, sans que personne ne puisse le prédire, la continuité pédagogique pendant le confinement a commencé à « transparentiser », au sens de rendre plus visible et lisible, chacune de ces deux boites noires. Tout d’abord, le lien avec les familles, habituellement mécanique (le parent qui emmène ses enfants à l’école, le parent invité ou convoqué dans l’établissement, etc.), a révélé sa nature indispensable, presque contenue dans l’expression de « continuité pédagogique ». Jusque-là, l’élève allait à l’école, en temps de continuité pédagogique c’est l’école (ou l’enseignant plutôt) qui va à l’élève. Parallèlement les parents ont dû, en partie, se transformer en enseignants.
Les contacts entre familles et enseignants ont pris diverses formes, du téléphone à l’ENT (espace numérique de travail) en passant par le courriel ou le texto. Mais ce sont peut-être les visioconférences entre les enseignants et les élèves qui ont joué le rôle de révélateur, par touches subtiles, presque impressionnistes : le parent qui entend ou écoute par bribes l’enseignant faire classe, l’enseignant qui voit en arrière-plan de sa classe virtuelle un parent faire la cuisine, telle affiche déco sur le mur du bureau de l’enseignante, le papa qui passe en pyjama à l’image, etc. Ces interstices et signes humanisants qui sortent chacun, parents et enseignants, de leurs contextes et rôles assignés, et contribuent à un lien resserré.
Au sortir du confinement, un des points majeurs qui semble ressortir auprès des professeurs est ce rapprochement avec les familles2. On ne compte plus les retours et commentaires de parents qui disent mieux comprendre les spécificités et difficultés à « faire classe » et à reconnaitre la professionnalité du métier d’enseignant. Les professeurs, quant à eux, sont nombreux à indiquer que le lien avec les familles s’est resserré pendant cette période. De cette reconnaissance mutuelle à l’échelle nationale, soyons positifs, il en restera forcément quelque chose pour nourrir une dynamique coéducative mieux reconnue, effective, en construction pacifiée.