Fais ce que je dis, pas ce que je fais

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nipedu-logo-nouveau.jpgÀ écumer les évènements éducatifs, à échanger à tout va avec des enseignants et acteurs du monde scolaire passionnés, à écouter des podcasts ou lire des revues et livres engagés, on s’enferme dans une lumineuse bulle filtrante. Tant de lumière, de vision positive et engagée, peut faire oublier la part d’ombre, entre statuquo et immobilisme. Résonne alors le reproche de trop en faire ou de ne pas s’y retrouver pour une majorité toujours trop silencieuse. D’autres fois, une petite musique critique vient pointer les contradictions, tel un miroir réfléchissant ou déformant, comme un écho : « Fais ce que je dis, pas ce que je fais. »

Cela s’entend à tous niveaux. Injonction aux élèves à la relecture de leurs écrits par des professionnels qui ne le font que trop peu eux-mêmes. Formation à l’intégration du numérique à renfort de plates diapositives. Engagement à utiliser des outils collaboratifs en ligne asynchrones, mais uniquement aux heures de bureau et sous l’œil de la hiérarchie. Dictat à l’innovation et à l’intégration du numérique, quitte parfois à gadgétiser des activités en fait plus porteuses d’apprentissage sous leur forme papier-crayon. Les exemples sont légion, nul doute que chacun pourra allègrement nourrir cette liste et se retrouvera tantôt de l’un, tantôt de l’autre côté de la pénombre.

L’exemplarité, source de crédibilité et d’autorité, en prend un sérieux coup. Bien sûr, dans l’idéal volontariste, des hypothèses de réponses existent, comme faire acte de leadeurship plus que de management, chercher à embarquer plutôt qu’à imposer, ne pas hésiter à exposer ses propres difficultés pour dédramatiser et accompagner avec bienveillance, en bref, enrôler dans un cercle vertueux modélisant.

Mais la sentence énoncée, « fais ce que je dis, pas ce que je fais », n’est-elle pas également un faux-fuyant, une excuse pour ne pas se remettre en question ? Pourquoi s’infliger ce que d’aucuns préconisent sans eux-mêmes se l’appliquer, car c’est bien le principe du « fais ce que je dis ».

Réflexivité

Passées la frustration, parfois la vexation, une bonne dose d’humilité et de réflexion sont nécessaires. Proférer ou se cacher derrière « fais ce que je dis » ne doit pas nous dispenser de la réflexivité, cela nous y invite au contraire d’une double façon : sur soi, et sur la pratique que l’on nous incite à développer, mais sur laquelle le critiqueur échoue à être exemplaire. Questionner les autorités symboliques de la recherche ou celles moins symboliques de l’institution, sans jamais se servir de leur pratique comme excuse pour cesser de questionner la sienne. On songe par exemple aux mots du chercheur André Tricot[[Nipédu, épisode 89 : « Innovation pédagogique ? », https://lc.cx/MJ98]] qui décomplexe plus d’un pédagogue quand il affirme que « le plus grand mythe de l’histoire de la pédagogie est bien la pédagogie traditionnelle ». Quelquefois il suffit d’un pas de côté, de changer de lunettes pour porter un regard neuf sur le métier, sa pratique, les élèves, l’institution entière[[Nipédu, épisode 83 : « Développement professionnel des enseignants », https://lc.cx/MJ9b]]. Enfin, il est des cas où il peut être nécessaire de s’en accommoder, pour se préserver, dans tous les sens du terme.

Comme disait Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » On pourrait aussi détourner le crédo de la présente revue : « Changez la société pour changer l’école, changez l’école pour changer la société. » Pour cela, il faut commencer par se changer soi-même. Fais ce que je dis, pas ce que je fais.

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