Et le délinquant, on le respecte ?
En quoi la discussion à visée philosophique est-elle un dispositif utile pour développer le jugement moral des élèves, du primaire au lycée ?
Les discussions à visée philosophique institutionnalisées et respectant un protocole sont une forme particulièrement adaptée à l’art du questionnement critique, aussi bien à l’école maternelle et élémentaire que lors des heures de vie de classe au collège, ou de l’ECJS au lycée. Elles articulent la tension vers l’universel des valeurs à la singularité d’expériences partagées susceptibles de créer pour l’élève un sens incarné, en faisant droit au sujet de désir. Sans cette référence à la sensibilité et aux affects en jeu dans la formation des jugements moraux, le risque demeure d’entrainer seulement le raisonnement et des habiletés délibératives, sans que cela n’induise aucun changement effectif. Mais afin d’éviter toute dérive comportementaliste visant à induire de « bonnes habitudes » par la reproduction mimétique de modèles identificatoires moralement exemplaires et le jeu de prescriptions peu ou prou culpabilisatrices, il importe de prendre appui sur le développement effectif du sujet, en partant de situations réelles mettant en jeu le questionnement, la construction axiologique se déroulant à la fois sur un axe vertical et horizontal de croissance.
L’apprentissage des valeurs au fondement de la démocratie résulte alors d’un processus de coconstruction des normes par les jeunes eux-mêmes, tout en s’inscrivant dans une éthique communicationnelle, à travers l’échange réglé d’arguments et l’interaction sociale propre a…