Enseignants de tous les collèges, levons-nous !

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Les débats sur la réforme du collège et les nouveaux programmes offrent une occasion royale de dire et redire n’importe quoi sur la situation actuelle, de préférence en dramatisant au maximum. Lorsque cela vient de l’extérieur de l’école, on peut patiemment essayer de rétablir la vérité, qui n’est pas toute rose effectivement, qui n’est pas non plus du côté des bas-fonds. Mais que des enseignants eux-mêmes décrivent leur propre environnement de travail de façon aussi grossièrement déformée, voilà qui étonne grandement.

Une auditrice de France-Inter, à l’antenne ces jours-ci, fait le compte des «heures en moins» en maths et français au cours de ces dernières années, ajoutant : «et tout cela pour faire, à la place, du secourisme ou du macramé !» Que celui qui connait dans un collège une option «macramé» se signale tout de suite…

Une professeure que je ne connais pas* écrit sans rougir que, dans son collège (qui n’est pas «de centre-ville», c’est tout ce que l’on sait), plusieurs enseignants disent : «De toute façon ils ne comprennent rien, autant leur faire faire du slam et étudier Booba.» Eh bien, je serais ses collègues, je ferais une manifestation pour dénoncer cette caricature méprisante pour les élèves comme pour leurs enseignants. Car l’immense majorité d’entre eux, et spécialement dans les zones difficiles, a à cœur, comme en témoignent chaque jour les listes de diffusion et les échanges entre collègues, de faire passer des contenus importants et de les rendre intéressants et accessibles, sans y parvenir toujours, mais toujours en s’obstinant.

Combien s’étonnent autour de moi quand je redis que, oui, on lit Molière, Homère, Ovide, La Fontaine, Corneille, Shakespeare, au collège, pour ne parler que des noms connus du grand public ! Montrez-vous travaillant en classe «Papaoutai» de Stromae (texte et clips tous deux très riches de sens) : ricanements assurés à droite ou à gauche, ouh la démagogue ! Racontez comment votre groupe de latinistes en ZEP déclame la première Catilinaire de Cicéron et monte une exposition sur les Romains en Gaule, en coopération avec une classe de CE2 du secteur, vous êtes le chouchou des médias. Pourquoi l’un, pourquoi l’autre, simplement pour des questions d’apparence ? C’est le même professeur, ce sont les mêmes élèves ! Qu’est-ce cela dit de vos façons de travailler, de faire entrer vos élèves dans la construction du sens, de transmettre ce qu’est une culture réfléchie assortie d’esprit critique ?

Enseignants d’aujourd’hui, avec nos qualités et nos limites, dans les débats sur la réforme du collège, soyons à la hauteur de notre métier ! N’acceptons pas qu’on nous lance à la tête Booba, le macramé et les cabanes dans la cour, l’image d’un métier honteusement voué à tous les renoncements. Soyons fiers de ce que nous faisons et de notre obstination à le faire du mieux possible, pour nous et pour nos élèves, en lesquels nous croyons, sinon nous ne serions pas là.

Florence Castincaud
Professeure de français en collège ZEP

*http://www.marianne.net/reforme-du-college-construire-cabanes-ne-va-pas-apporter-aux-eleves-culture-solide-100232965.html

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