Écrire pour réfléchir
Comment faire de la trace écrite autre chose que du recopiage, ou une vaine injonction à écrire à la place du maitre ? Laisser une trace, une question qui emmène du côté de notre rapport épistémique à l’écriture.
L’expression « trace écrite » fait depuis longtemps partie de la langue de bois de l’école, de ce bois dont on faisait les pupitres et les tableaux, avant qu’ils ne deviennent interactifs et numériques. Revenir sur cet objet, cette pratique, ce « genre scolaire » est nécessaire tout autant pour en faire une critique réfléchie que pour y revenir, la réinstaurer, pour éviter de passer d’un usage irréfléchi et mécanique à une condamnation sans nuance et sans mémoire. À quoi nous permet de penser la trace écrite, entre tradition à ne pas oublier et rituel à réinterroger ? En quoi cette modification du regard sur l’activité des élèves en train d’écrire est-elle une occasion de modifier nos conceptions de l’apprentissage, nos présupposés ?
Nous distinguerons trois conceptions de la trace écrite (distinguées, pour être plus lisible, par un indice différent, de 1 à 3).
Dans une première conception, la trace écrite est un texte qui formule le plus succinctement et le plus simplement possible ce qui est à savoir. Une rapide consultation d’internet montre que la trace écrite-1 est surtout évoquée dans des disciplines comme les sciences, l’histoire, la géographie, la grammaire. La « trace écrite-1 », dans ce premier sens, c’est la leçon, entendue comme la formulation, par un manuel, par l’enseignant, du texte du savoir (l’expression est d’Yves Chevallard).
Toute une conception de l’apprentissage est associée à cette conception de la trace écrite, et on pourrait dire toute une conception de l’école. Le savoir y est conçu comme une substance qui pourrait se transmettre par une simple duplication ; au fond, le savoir est stocké dans les cerveaux comme dans une bibliothèque, sous forme de petits textes (ou d’images, ou de séries de gestes), qui y sont simplement déposés par la mémoire. Une leçon est la mise en place de cette transmission, une mise en scène destinée à en favoriser la réussite, mais l’action principale réside dans la mémorisation, par répétition, d’un texte préétabli. La trace écrite-1 est ainsi liée à une conception de l’école définie par deux exercices clés, dont tous les autres sont des variations : la récitation et la copie.
Disons immédiatement qu’il ne s’agit pas de condamner cette conception dans l’absolu. Il s’agit d’interroger les conceptions du savoir, de l’apprentissage, de l’école qu’elle présuppose et de se demander si c’est la seule et la me…