DES ENFANTS ROMS FACE AUX ÉNIGMES DE L’ÉCRIT
Les enfants roms sont-ils différents des autres enfants ? Non. Mais ils vivent dans un environnement où les écrits et les lecteurs n’existent pas. Leur réflexion sur l’écrit a donc débuté des années plus tard. On peut alors observer, à travers eux, les idées qu’ont tous les enfants sur l’écrit à un âge préscolaire, idées que les adultes ne soupçonnent pas.
Les travaux d’Emilia Ferreiro, formatrice auprès d’adultes analphabètes et illettrés pendant de longues années, m’ont enseigné l’importance d’observer les apprenants (avant toute entreprise d’enseignement) pour essayer de comprendre leurs représentations de l’écrit. Elle a admirablement décrit le processus de recherche élaboré par les enfants eux-mêmes pour découvrir, à l’aide d’hypothèses successives constamment remises en cause, la nature de notre écriture alphabétique. Aussi, lorsqu’on m’a demandé d’aider des enfants roms à apprendre à lire, avant toute chose j’ai essayé d’entrer dans la pensée de ces enfants en observant ce qu’ils faisaient et en les questionnant.
Enfants roms, serbes ou roumains, ils étaient scolarisés depuis des mois, voire des années pour certains (en maternelle, CP ou CE1). Ils avaient de 5 à 11 ans et parlaient bien ou relativement bien le français. Pourtant, ils étaient tous très loin de pouvoir assimiler ce que l’école cherchait à leu…