Dépasser l’incantation
Les mots « république », « valeurs », « morale », dépliez-les, déployez-les, et vous verrez surgir une foule de questions passionnantes. C’est ce que fait ici Pierre Kahn, en posant des jalons pour ne pas faire fausse route.
Le nouvel enseignement moral et civique (EMC) mis en œuvre depuis la rentrée scolaire 2015 fait de la transmission des valeurs de la République un de ses objectifs centraux. Ces valeurs sont précisément indiquées dans le programme : liberté, égalité, fraternité, laïcité, solidarité, esprit de justice, respect et refus de toute discrimination. Cependant, si l’on ne veut pas réduire ce projet à n’être qu’une formule incantatoire, il est nécessaire de clarifier sa signification, et aussi d’identifier les problèmes qu’il peut poser.
C’est ce que je vais ici m’efforcer de faire en six questions.
Que veut-on dire lorsqu’on dit de ces valeurs qu’elles sont celles de la République ? La référence à la République est ambigüe, surtout au singulier. Car notre État républicain n’est pas la République, mais la cinquième du nom, et les valeurs qu’il promeut ne sont pas toutes présentes, ou bien à des degrés divers et sous des formes diverses, dans les quatre précédentes. 1792 ne connaissait pas le suffrage universel, 1848 ignorait la laïcité et a maintenu le Concordat napoléonien, la IIIe République laïque a continué à faire de la femme une non-citoyenne…