Affelnet, un psychodrame parisien
La fin du régime d’exception pour Henri-IV et Louis-le-Grand à la rentrée 2022 a fait couler beaucoup d’encre. Récit d’une controverse qui interroge la notion d’excellence, et au-delà l’illusion de la méritocratie et la quête d’entresoi.L’année 2021-2022 a vu une modification du système d’affectation des élèves entrant en 2de à Paris, appelé Affelnet, avec notamment l’intégration des deux prestigieux lycées Henri-IV et Louis-le-Grand dans le régime commun, eux qui jusque-là recrutaient leurs élèves sur dossier. Tribunes collectives et billets d’humeur ont soudain inondé les médias. Vu d’ailleurs, ce tremblement de terre parisien fait hausser les épaules, tant il concerne peu d’élèves, à peine 3 % des entrants en 2de à Paris, mais il questionne la définition de l’excellence scolaire.
Pauline Charousset et Julien Grenet, chercheurs à l’École d’économie de Paris, s’interrogent d’ailleurs sur ce retentissement médiatique : « D’aucuns seraient tentés de voir dans cette disproportion la traduction du fait que certains groupes sociaux sont plus aptes que d’autres à habiller la préservation d’intérêts particuliers en défense de l’intérêt général, et à mobiliser de puissants réseaux pour se faire entendre. Ce serait méconnaitre la forte charge symbolique qui reste attachée aux lycées H-IV et LLG. De par leur statut de fleurons de l’école publique et de la méritocratie scolaire, ces établissements occupent une place à part dans l’imaginaire républicain. On comprend dans ces conditions que l’émoi suscité par leur intégration dans Affelnet se soit étendu bien au-delà du Quartier latin. La teneur du débat invite cependant à s’interroger sur le fossé qui sépare en France le discours méritocratique de la réalité des pratiques sco…