Un univers culturel à faire découvrir

Publié le Lecture : 27 min

506-une-300.jpgComment donner une place authentique à la bande dessinée à l’école, sans pour autant la scolariser ? Le point de vue d’un grand connaisseur de cet art graphique et de ses évolutions récentes.

Que pensez-vous de l’évolution de la bande dessinée ? Si le médium bande dessinée est de plus en plus reconnu, les auteurs ont de plus en plus de mal à se faire repérer.

Effectivement, on peut dire que la bande dessinée connait aujourd’hui une sorte d’âge d’or créatif. Il se publie énormément de bons albums, il y a beaucoup d’auteurs remarquables, mais en même temps, la situation économique du secteur a été fragilisée. Quand j’ai démarré ma collaboration avec François Schuiten au début des années quatre-vingt, nos histoires paraissaient d’abord dans le magazine (à suivre).

Benoît Peeters ©Franciosa

Cette prépublication sous forme de feuilleton nous assurait une sorte de minimum économique, puisque nous étions payés forfaitairement à la remise des planches. En outre, à cette époque, il ne paraissait environ que 250 albums par an ; chacun d’eux était donc identifié. Cela ne voulait pas dire qu’il connaissait le succès, mais en tout cas, il ne risquait pas de passer inaperçu. Aujourd’hui, on publie plus de 5 000 albums par an, vingt fois plus qu’il y a trente ans. Un jeune auteur peut publier plus facilement son premier livre, mais il a beaucoup plus de mal à se faire remarquer et encore plus à en vivre. Les ventes moyennes des albums ont fortement diminué, même si quelques séries vedettes atteignent des scores impressionnants. Les revues spécialisées ont presque toutes disparu, et les mangas représentent une sérieuse concurrence pour la bande dessinée européenne.

Mais en réalité, c’est l’ensemble du paysage du livre, et toute la conception des loisirs culturels qui ont énormément évolué. Dans ma génération, la bande dessinée fédérait les cours de récréation, particulièrement en Belgique. La référence à la bande dessinée pouvait faire office de trait d’union entre les enfants : nous connaissions toutes les grandes séries, nous nous échangions les journaux Tintin et Spirou. Aujourd’hui, pour des enfants d’une dizaine d’années, la bande dessinée n’est qu’un loisir parmi beaucoup d’autres, elle a perdu sa centralité. Les Aventures de Tintin, qui étaient connue…

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