Un objet littéraire mal identifié
En quoi la bande dessinée peut-elle être un objet à étudier en cours de français ? Certes elle contient, mais pas toujours, du texte, mais elle est surtout un texte en elle-même, une « écriture graphique », dit l’auteur.
Une évolution notable dans les manuels de français accorde aux planches de BD une place plus grande pour des séances de lecture d’image, et pas seulement à titre récréatif. Les programmes, eux, mentionnent le neuvième art mais là encore, dans la rubrique « lecture de l’image » pour le collège. Pour autant, ils n’en proscrivent pas l’emploi comme support de lecture : les programmes des classes de CAP (certificat d’aptitude professionnelle) incluent ainsi la BD dans les genres exploitables en classe.
L’objet BD
À moins de ne mobiliser la BD que dans la perspective de l’enseignement de l’histoire des arts, ou de l’étude de l’image, voire comme un complément séduisant à nos séquences (mais avec quelle visée d’apprentissage ?), il appartient donc aux professeurs de français de définir en quoi la bande dessinée peut être pleinement un objet et un support d’enseignement de cette discipline. Or, l’étude de la BD en classe répond de fait aux prescriptions des programmes en termes de compétences de lecture, de langue et d’écriture, pour peu que l’on interroge sa littérarité.
Les manuels comme les pratiques pédagogiques les plus courantes révèlent qu’aborder la BD en classe engage généralement un arsenal de termes techniques et d’activités de décryptage. Instinctivement, il parait difficile au professeur, débutant ou confirmé, d’entrer dans l’analyse d’une planche sans passer par la définition des plans, des effets de cadrage et des vignettes, en somme ce qui rapproche le plus la bande dessinée des arts plastiques et du cinéma. Parfois même, l’objectif du cours se réduit à faire percevoir aux élèves qu’une planche se construit sur des ellipses entre les cases, voire à …