Tu parles, tu parles… Est-ce que tu penses ?
Quels processus de pensées sont à l’oeuvre lorsque des élèves participent à une discussion à visée philosophique ? L’adulte a pour rôle de les nommer et d’en faire prendre conscience aux enfants.Organiser des discussions entre des enfants est un excellent moyen pour les encourager à parler. La présence de règles démocratiques d’accès à la parole (« On ne se moque pas, on écoute celui qui parle, la parole est donnée en priorité à celles et ceux qui ont le moins parlé, on a le droit de se taire ») ainsi que la fonction de président de séance sont deux aménagements pédagogiques indispensables. Toutefois, même si l’expression verbale est une aide importante, il ne suffit pas de parler pour parvenir à penser par soi-même. C’est principalement ce que les recherches en philosophie avec les enfants ont mis à jour ces dernières décennies. « Plutôt de seulement laisser les enfants s’exprimer, le rôle de l’adulte doit être de les mettre au défi de penser en s’assurant que cette prise de parole respecte certaines conditions. » (voir l’ouvrage de Samuel Nepton, 2020, p. 51)
À partir des travaux de Michel Tozzi sur la didactique du philosopher, nous avons eu l’opportunité de conduire deux études sur les processus de pensée à l’œuvre lorsque des élèves participent à des discussions à visées démocratique et philosophique (DVDP). La première (2012, voir bibliographie) s’est intéressée à suivre pendant trois années une cohorte d’enfants participant de manière régulière à de telles discussions. L’analyse des verbatims a permis la construction d’une « ceinture de philosophe ». La seconde (2018, idem) a consisté à détailler la pensée verbalisée d’étudiants inscrits dans une unité d’enseignement universitaire sur la philosophie avec les enfants, au cours de trois cycles de six DVDP a…