Retour vers le futur

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Quel est le but de l’éducation ? Rendre ceux qui apprennent capables d’apprendre par eux-mêmes ? Les guider, sans les contraindre, dans leur parcours d’appropriation des connaissances ? Cheminer avec eux sur la voie de l’autonomie ? Si tel est le cas, alors l’enseignant, à l’instar de l’instituteur que décrit avec émotion Albert Camus dans Le Premier Homme, se doit non seulement de les rendre responsables de leurs apprentissages, mais aussi de leur manifester considération, attention et bienveillance : « Pour la première fois, [les élèves] sentaient qu’ils existaient et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération : on les jugeait dignes de découvrir le monde. »

Mai 1936, congrès du Havre : Albert Châtelet, recteur de l’académie de Lille, prépare la réforme de l’enseignement secondaire. Les pédagogies actives doivent avoir pour but de « développer la personnalité de l’enfant et le préparer à son rôle social ». Juin 1947, plan Langevin-­Wallon : est posé le principe de justice à l’école, sous les angles complémentaires de l’égalité et de la diversité. Mars 1968, colloque d’Amiens : Alain Peyrefitte, pourtant réputé conservateur, plaide pour les « méthodes maintenant éprouvées d’une pédagogie active, d’une pédagogie de la confiance, d’une pédagogie de l’encouragement ». Occasions manquées. L’Histoire bégaie, semble faire du surplace.

Alors pour moi, ce numéro de mai 2018 consacré à l’accompagnement tombe à point nommé. Car ce qui se joue dans l’école aujourd’hui, c’est bien la place de la pédagogie, la posture de l’enseignant et la vision qu’il a de son métier et de son rôle auprès des élèves, le modèle d’une société que l’on voudrait pensante, consciente, coopérative, apprenante. À ce titre, les nombreuses contributions du dossier montrent bien, au-delà de la mode, que des pratiques d’accompagnement se construisent tous les jours dans le quotidien de la classe et de l’établissement, pavés posés sur le chemin d’une école plus juste, plus respectueuse, une école de l’écoute et de la parole.

Penser tous les élèves comme dignes de découvrir le monde : et si c’était cela qui devait fonder l’action et la pédagogie de l’enseignant ?

Laurence Cohen

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