Responsabilité

Dans la société, chaque être humain est responsable aussi bien de ce qu’il fait que de ce qu’il ne fait pas, volontairement ou pas. Mais si chacun est responsable, c’est que dans les pays qui respectent les droits humains, chacun est libre de faire ou ne pas faire, de dire ou ne pas dire, d’aimer ou ne pas aimer… c’est de la responsabilité de chacun. Comme cette liberté doit s’exercer sans nuire à autrui, elle rend chacun responsable (article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen).
Chaque être humain est donc libre d’accepter ou de refuser, de prendre ou de rejeter, de rechercher ou d’éviter… une responsabilité et d’en supporter toutes les conséquences. Mais pour autant, il faut être en capacité de prendre des décisions individuelles.
On parle aussi de responsabilité civile, administrative, pénale, médicale, politique, ministérielle, environnementale…
À l’école, selon la Convention internationale des droits de l’enfant, chaque jeune dans un établissement scolaire, en classe et dans les différents lieux éducatifs peut exercer :
– sa participation aux décisions collectives en donnant son avis, en défendant son point de vue, en faisant des choix, qu’il s’agisse d’activités, d’organisation (temps ou espace) ou de règlements et règles de vie ;
– son engagement dans des projets collectifs réels, négociés et contractualisés, dans lesquels il assume sa part coopérative ;
– sa prise de responsabilités qui marque son appartenance au groupe et dont il rend compte ;
– son ouverture aux autres et la coopération avec eux.
C’est par cette pratique sociale que l’enfant, le jeune va acquérir progressivement, l’assurance, la confiance en soi et les compétences nécessaires pour s’impliquer, s’engager… se responsabiliser. Les espaces éducatifs coopératifs permettent cet exercice de la citoyenneté et l’expérimentation de la responsabilité et de la liberté.
Être responsable, c’est aussi répondre de ses actes, assumer ses paroles, réparer un préjudice causé à autrui de par son fait ou par celui dont on a en charge la protection, l’éducation…
Est-ce à l’enfant de répondre de ses actes ou à l’adulte qui a mal évalué les capacités de l’enfant ?
Quelle responsabilité de l’enseignant quand l’enfant ne comprend pas sa formulation, notamment ses demandes ? Si l’enfant se trompe, quelle réponse peut-il apporter ? Une explication individuelle ou/et collective ? Un nouvel essai ? La valorisation de l’erreur comme un élément de l’apprentissage de la citoyenneté ?
Son objectif n’est-il pas de rendre l’enfant responsable pour qu’il devienne autonome et libre, tout en le protégeant, en respectant ses capacités individuelles, ses cheminements, sa culture et sa famille ? Mais proposer des outils de travail autonome ne peut pas être un abandon de l’élève dans un parcours solitaire immuable où lui seul serait responsable de ses réussites comme de ses échecs. L’organisation des temps de travail personnel doit inclure la coopération et l’entraide tant de l’adulte que d’un pair : responsabiliser chacun pour la réussite de tous ! Mais aussi responsabiliser chacun sur les difficultés de l’autre qu’elles soient liées à une situation permanente ou temporaire et qu’importe le temps consacré.
Une responsabilité qui affine le regard sur ce qui entoure l’enfant, notamment l’environnement qu’il partage avec les autres afin de le comprendre et le préserver telle une richesse commune, qu’il soit naturel ou lié à l’activité humaine. L’enseignant est également responsable du choix de sa pédagogie, selon le Code de l’éducation : « La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection. (Article L912-1-1, Loi n°2005-380 du 23 avril 2005). Alors pourquoi lui refuser depuis 2017, le choix des méthodes de lecture et réduire les fondamentaux à « lire, écrire, compter et respecter autrui » ? Manque de confiance ? Infantilisation de l’acte d’enseigner, car obéir aux directives et exécuter des techniques n’est ni enseigner ni apprendre que ce soit pour un adulte ou pour un enfant.
Pour toutes les personnes œuvrant dans le système éducatif, être et rendre responsable est difficile sans une réflexion individuelle, sans une mutualisation des pratiques, sans la prise en compte et l’exercice de la coopération dans la formation qu’elle soit initiale ou continue.
Cahiers pédagogiques n° 555, « Droits des enfants, droits des élèves », septembre-octobre 2019.Cahiers pédagogiques n° 557, « L’autorité éducative », décembre 2019.Sylvain Connac, Enseigner sans exclure. La pédagogie du colibri,
ESF Sciences Humaines-Cahiers pédagogiques, 2017.