Pour une lecture illégitime des films

Publié le Lecture : 15 min

Apprendre à regarder un film, c’est d’abord comprendre ce qui est raconté, ce qui permet de comprendre la scène, d’être sensible aux personnages. Il sera toujours temps ensuite, si besoin, de recourir au vocabulaire technique de l’analyse filmique.

« Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d’incidents insignifiants qui emplissent notre existence. Un choix s’impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité. La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaine, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers. Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l’à-côté. » Guy de Maupassant, Le roman, 1887

Une expérience de quelques années dans la formation des enseignants du secondaire a fait naitre en nous un étonnement : la pratique autonome de l’analyse filmique constitue une sorte de Rubicon qu’un nombre significatif de collègues n’osent guère franchir, faute d’un appareillage théorique suffisant. Ce sentiment répandu d’incompétence, et donc d’illégitimité, trouve tantôt sa source dans les carences supposées de la formation disciplinaire initiale, tantôt dans la crainte de manquer de vocabulaire po…

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