Pour une didactique de la BD
La place de la BD à l’école a évolué successivement d’une hostilité farouche à une intégration résignée, puis une récupération intéressée et légitimée. Il est temps d’avancer vers une didactique exigeante et ambitieuse de cet objet d’enseignement pour outiller les enseignants.
La BD demeure sans conteste le parent pauvre de l’enseignement de la littérature à l’école. Elle ne fait pas consensus, tant chez les parents que chez les enseignants, souvent par méconnaissance des théories critiques qui la légitiment. Si la bande dessinée est entrée peu à peu dans les bibliothèques scolaires, les manuels et les cours, plutôt de français, que d’histoire ou d’arts plastiques, elle est encore utilisée le plus souvent pour enseigner autre chose qu’elle-même. Force est de constater qu’on n’étudie pas d’album de BD comme œuvre intégrale. Même quand les codes de lecture sont maitrisés par les professeurs, ils se heurtent au problème de la transposition didactique : quels dispositifs mettre en place pour faire étudier et produire des bandes dessinées en classe ?
Le retard provient en grande partie de la recherche pédagogique et didactique, qui ne s’est pas saisie d’un objet encore perçu comme secondaire et marginal. Les premiers colloques internationaux consacrés aux liens entre BD et éducation n’ont guère été suivis, depuis quarante ans, de manifestations scientifiques ni de véritables avancées théoriques. Les publications pédagogiques sur la bande dessinée, bien qu’en plein essor en France depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, restent empiriques : elles consistent pour l’essentiel en documents d’exploitation, à travers la collection « La BD de case en classe…