Penser par l’image
Le cinéma à l’école, c’est le choc des cultures : l’écrit et l’image, l’érudition et la créativité, le contrôle et la spontanéité. Un entretien entre un cinéaste et des enseignants pour conclure ce dossier, en espérant qu’il échappe aux reproches ici faits à l’utilisation du cinéma à l’école, voir qu’il contribue à la renouveler.
Céline Walkowiak : Vous avez suivi à distance mon travail d’analyse sur plusieurs de vos réalisations : quelles ont été vos premières impressions sur le travail que j’étais en train de faire ?
Bernard Nauer : La quantité de travail que vous avez pu fournir durant le printemps et l’été, ainsi que le nombre de courriels de quinze pages que vous m’avez envoyé, d’analyse, de réflexions autour de mes films et autour du travail qu’on pourrait faire avec les élèves m’ont sidéré. Je sentais là un travail extrêmement scolaire. J’avais affaire à une très bonne élève, une sorte de première de la classe, studieuse, consciencieuse, qui m’envoyait spontanément des devoirs, alors que, moi, je ne lui demandais rien ! Cela avait donc un côté très scolaire, mais toujours pertinent. Afin d’être clair, ce que je viens de dire n’est pas de la moquerie, c’est juste une constatation. Nous auteurs, nous sommes souvent sidérés par ce que les analystes vont chercher dans nos films. Parfois avec justesse, mais pas toujours. Car, bien entendu, ils y trouvent des choses auxquelles nous n’aurions jamais pensé. Alors, ce qui est décortiqué dans nos œuvres l’est-il pourtant de façon inconsciente ? À l’insu de notre plein gré ? Quand on crée, on essaye d’analyser chaque mot, chaque situation, mais il y a évidemment des éléments qui nous échappent. En nous, fatalement, mais aussi et encore plus fatalement, dans la psychologie ou le vécu des futurs spectateurs et analystes. C’est donc toujours intéressant quand ça nous revient comme un boomerang, ce qui a été le cas avec vous, tant sur Le Festival que sur Lycées de rêve. J’étais assez fasciné par cela.
C. W. : Est-ce que vous avez, à un moment, à distance, observé un mouvement, un changement dans mes représentations ? Est-ce qu’à un moment, j’ai changé, basculé, est-ce que j’étais dans quelque chose de plus juste ?
B. N. : Il ne s’agit pas de « juste » ou pas, mais de quelque chose de plus simple. J’ai senti une bascule chez vous, très récente, un mois environ avant ma venue. Juste avant que ça se concrétise, j’ai senti un changement dans votre discours, qui tout à coup est devenu plus… comment dire… humain ? (rires) C’est-à-dire que tout à coup, c’était Céline qui me parlait et non plus seulement la chargée de projet, un peu angoissée, stressée. Dans la f…