Passer du « je » à « nous »
Le coenseignement est également une manière d’évoluer dans sa pratique pédagogique au point, parfois, de faire émerger un nouveau métier ! Un texte à deux voix proposé par des professeures des écoles en maternelle qui nous décrivent leur démarche, heureuses de coenseigner depuis cinq ans.
Carole : Il y a cinq ans, j’aurais dit « j’aime mon métier, mais j’ai envie de nouveautés et d’être dans une nouvelle dynamique », ou encore « suis-je toujours faite pour ce métier ? », « j’en ai assez, je tourne en rond dans ma classe », « je me sens seule ». Après douze ans d’enseignement, je me sentais déroutée par ce que je vivais sur le terrain.
L’idéal pédagogique dont on m’avait parlé à l’IUFM (institut universitaire de formation des maitres) et qu’on continue à me montrer lors des conférences pédagogiques est souvent en décalage avec la réalité du travail, où j’accueille de vingt-deux à trente-deux enfants en maternelle, dans un espace parfois équivalent à un salon de trente mètres carrés. J’avais l’impression de faire le maximum, mais sans atteindre ces situations idéales que l’on nous décrivait. Je me sentais non pas mauvaise enseignante mais enseignante démunie et dépitée. Le jour où j’ai réalisé que je ne savais pas si j’avais eu, au cours de ma journée, un échange vraiment individuel avec chacun de mes trente-et-un élèves, j’ai su que vraiment quelque chose clochait. Je rêvais d’une autre classe.