« On n’est pas là que pour installer le silence »
Des débuts difficiles dans un collège en REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcé), un décentrage progressif, une focale qui s’élargit… Aujourd’hui enseignante en lycée, Guillemette Legenne raconte comment sa pratique l’a amenée à faire évoluer son rapport aux élèves et à gagner leur respect.
Cela fait vingt ans que je suis enseignante, et ce qui s’est opéré pour moi et qui s’opère probablement quand on avance dans la carrière, c’est qu’il y a un décentrage. Le respect, d’abord, on l’exige, on l’attend. Et on a le sentiment qu’il va prioritairement des élèves vers l’enseignant. On va mettre en place une batterie d’outils, de mesures, de stratégies pour arriver à cet objectif : je veux me faire respecter par les élèves. Et puis, au fil des années quand l’expérience s’installe, il y a un recentrage, la focale change. On ne se sent plus questionné dans ce respect-là, et le respect devient une relation : le respect dû aux élèves.
Bien sûr, je peux très bien trouver dans les trois mois écoulés une situation où j’ai exigé du respect, ou bien où j’ai manqué de respect vis-à-vis des élèves. Mais c’est la tendance.
Cela dit, le respect dû aux élèves, ce n’est pas qu’une relation, ça se diffuse même dans les pratiques pédagogiques : dans ma manière de construi…