Observer l’observation
Comment éviter le modèle de l’enseignant et de l’élève dans la relation qui se noue entre l’observateur et celui qui est observé ? L’auteur nous propose un détour par l’ethnologie pour éclairer la situation.
Un dialogue de sourd : telle est l’impression désagréable que m’a laissée un récent entretien avec un étudiant en formation pour devenir professeur des écoles, suite à deux visites que j’avais effectuées dans ses classes de stage. Impression d’autant plus déstabilisante que l’échange s’est fait en décalage et non à chaud, après l’observation. Car à chaud, on se trouve des excuses : la décompression du côté de l’observé, qui risque de chercher à tout justifier par les circonstances (ce matin ils étaient agités, il y avait trop d’adultes dans la classe, etc.), l’improvisation du côté de l’observateur (une prise de notes chaotique, le manque de temps avant la reprise de la classe, etc.). Mais quelques semaines plus tard, si rien ne change, c’est le signe d’un problème de fond dans la relation de formation telle qu’elle s’incarne lors des moments d’observation sur le terrain.
Pourquoi un dialogue de sourd ? Parce que l’étudiant s’efforce de m’expliquer qu’il a bien compris mes critiques, mais que la difficulté réside dans la mise en œuvre sur le vif, tandis que je m’échine à pointer les points clés que je souhaiterais qu’il reformule pour me montrer ce qu’il changera la prochaine fois. Bref, entre lui et moi se creuse le fossé entre la pratique et le discours sur la pratique. Et le pire, c’e…