L’intersectorialité, ça mange quoi en hiver ?
Tendance. Si l’intersectorialité est une approche courante dans le milieu de la santé, elle demeure timide et parcellaire en éducation. Toutefois, les orientations des politiques québécoises pour les prochaines années laissent augurer des potentialités d’une telle approche, notamment dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire.L’intersectorialité est définie comme une « pratique d’acteurs de plus d’un secteur d’intervention qui se mobilisent et s’engagent en complémentarité d’action pour mettre à profit les compétences de chacun en vue de satisfaire d’un commun accord certains besoins clairement reconnus dans la communauté ».Aimé Lebeau, Guy Vermette et Christian Viens, Bilan de l’action intersectorielle et de ses pratiques en promotion de la santé et en prévention des toxicomanies au Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux, 1997. Dit autrement, il s’agit de mobiliser des personnes issues de différents champs autour d’un objectif commun, la réussite des élèves par exemple.
Si le terme est en vogue ces temps-ci au Québec, cette approche n’a pourtant rien de nouveau. C’est même une pratique courante en santé publique, où on voit depuis plusieurs années des professionnels de la santé, des services sociaux, des organismes gouvernementaux, des associations ou encore du réseau municipal, etc. travailler ensemble afin de promouvoir l’amélioration du bienêtre des populations.
Le principe est le même en éducation. L’action intersectorielle permet d’associer des acteurs de différents secteurs (enseignement, travail social, santé, milieu associatif, etc.), afin de répondre aux besoins multiples des élèves, notamment ceux de milieux défavorisés. L’idée est de décloisonner les services socioscolaires auxquels ils ont accès, afin d’offrir un plus large spectre d’intervention. L’action intersectorielle relève ainsi d’une vision globale de l’éducation qui tient compte des différents systèmes dans lesquels les élèves évoluent. Une illustration de cette approche est le « continuum de services » mis en place dans certaines écoles et organismes de raccrochage scolaire québécois. Ce « continuum » articule les actions des différents enseignants et intervenants en fonction de la progression générale de l’élève. Ainsi, un élève qui éprouve des difficultés dans son parcours scolaire peut recevoir les services d’un orthopédagogue, d’un psychologue, d’un orienteur professionnel, ou il peut encore participer à divers ateliers fournis par des intervenants associatifs en lien avec le bienêtre, la gestion du stress, la santé physique, etc.
Les recherches en éducation ont depuis longtemps montré les retombées positives des pratiques collaboratives en milieu scolaire. En mettant à profit les compétences des différents enseignants et intervenants sociaux, au-delà des intérêts individuels, l’approche intersectorielle offre un nouvel éclairage sur des problématiques comme le décrochage scolaire. La confrontation des points de vue entraine la découverte de pratiques innovantes, qui permet d’agir conjointement sur les déterminants sociaux du décrochage scolaire.
Toutefois, et en dépit de l’attrait manifeste d’une telle approche, plusieurs chercheurs soulèvent la difficulté de l’intégrer. Celle-ci ne doit pas reposer sur les seules épaules des enseignants et des intervenants, car elle demeure exigeante en temps et en énergie. Il revient donc au Gouvernement de faire preuve d’une volonté forte de penser au-delà des différentes logiques sectorielles, souvent induites par la reddition de comptes, pour mettre en place les conditions d’une véritable approche intersectorielle.