Les manuels : toujours une guerre de retard ?
En parcourant quelques manuels du passé et du présent, allant de manuels destinés à l’école primaire à des manuels de collège ou de lycée, l’auteur se propose d’observer, en toute subjectivité, quelques variations du décalage des regards portés sur la Première Guerre mondiale au cours du siècle écoulé.
Dans un manuel de 1921, sous la plume de Jules Malet on pouvait lire à propos de l’Allemagne : « Son âme même était barbare, et tyranniques étaient les fins qu’elle poursuivait : ne croyant qu’à la force du poing et au droit de la force, sans frein dans ses appétits comme dans son orgueil, elle visait à l’asservissement et à l’exploitation du monde. » Si la guerre est finie, la sortie de guerre prend donc du temps. Le décalage des manuels scolaires n’est pas surprenant, mais c’est avec ces manuels-là que les petits Français apprennent l’histoire de la Grande Guerre dans les années vingt, tandis que les Républiques française et allemande s’engagent dans l’effort de la réconciliation !
Pourtant le discours des manuels s’adapte, certes avec un certain retard. Le Lavisse de 1936, rédigé par Pierre Conard, clôt en effet un chapitre de cette manière : « Ces ravages et ces deuils ont donné aux peuples l’horreur de la guerre. Aussi, depuis 1919, de grands efforts ont-ils été faits pour en éviter le retour. […] La Société des Nations, dont le siège est à Genève, fait tout ce qu’elle peut pour maintenir la paix. Que les hommes se comprennent mieux ; qu’ils préfèrent le règlement pacifique de leurs querelles à l’emploi de la force, et l’entente à la bataille : voilà le but. Voilà ce que souhaite tout homme de sens et de cœur, afin que l’humanité ne revoie plus les horreurs du passé. »