Le temps de l’invention

Personne ne peut enseigner exactement comme l’autre, encore moins comme le prolongement mécanique de quelque corpus prescriptif. Le manuel ne suffit pas, si on enseigne ; le dossier pédagogique non plus, si on est formateur.
À vrai dire, tout enseignant invente. Il n’a pas le choix. Qu’il utilise des outils prescrits par l’institution, dans un cadre lui-même régi par d’innombrables règles, ne lui épargne pas un incontournable travail d’adaptation. Il y a les réglages qui constituent son lot quotidien, par rapport à un niveau, à un nombre d’élèves, à des contraintes de salles, aux incidents qui rythment la succession des cours. Mais surtout, et bien au-delà : comment éviter d’avoir un point de vue sur le programme, la posture de l’enseignant, la conception de l’apprentissage et du dispositif impliqués par l’acte même d’enseigner ?
Se confronter à cette complexité du réel du travail, bien différent du travail prescrit, selon la distinction rituelle des analystes du travail, impose d’inventer. L’invention commence dès l’instant où l’on prépare (son cours, son atelier, son stage). Il faut trouver en effet tout ce qui manque, mises en perspective ou en situation, références, liens inaperçus ou éclairants, etc. Il faut l’inventer, comme les fouilleurs de l…