Le proviseur et les professeurs, petit conte avec morale

Publié le Lecture : 21 min

Récit de l’élaboration d’un projet d’établissement dans un lycée où la proviseure a tenu à respecter les règles du jeu et à rendre aux enseignants ce qui leur revenait, en refusant d’être la seule instigatrice du projet.

Reprenons donc l’histoire dès le commencement.

Rentrée 1992 : Ouverture du lycée Évariste-Galois, établissement polyvalent d’enseignement général, technique et professionnel à Noisy-le-Grand (93). Grands bâtiments, locaux vastes et fonctionnels. Bien que situé dans une zone pavillonnaire de catégories sociales moyennes ou supérieures, Évariste-Galois recrute actuellement sur Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand, essentiellement sur le quartier du Pavé-Neuf qui connait le plus fort taux de délinquance juvénile de la Seine-Saint-Denis. Les lycées voisins (Flora-Tristan à Noisy-le-Grand et Clemenceau à Villemomble) jouissent d’une solide réputation. Il va falloir une identité forte et positive pour soutenir la comparaison dans le jugement des familles. Tel est l’enjeu du projet d’établissement dans ses rapports avec l’extérieur.

Après une croissance rapide, l’effectif se stabilise avec environ 1 000 élèves et quatre-vingt-dix professeurs. L’existence d’une dimension collective du travail devient à la fois de plus en plus nécessaire et de plus en plus difficile, tant en raison du nombre croissant des questions à résoudre, qu’en ce qui concerne les formes organisationnelles à mettre en place. Michèle Amiel a d’emblée adopté la banalisation de demi-journées ou de journées, pour que toute la communauté éducative puisse se réunir et réfléchir au projet. Mais qui, parmi les enseignants, va préparer l’organisation, animer le déroulement, exploiter la production de ces journées ?

Pendant l’année scolaire 1992-1993, dans le sentiment partagé d’être des pionniers, l’engagement collectif ne semble pas faire problème. Le temps de préparation des journées est relativement court et de petits groupes de volontaires s’en chargent de façon plus ou moins informelle. Les grands axes du projet sont définis (connaitre, élaborer, respecter la loi [valoriser les dimensions culturelles], travailler ensemble). Le règlement intérieur est élaboré collectivement, les initiatives abondent sur le…

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