La parole différée
Sébastien vient de recevoir un poème ordurier que Christophe, élève de 4e, lui a remis par erreur. Stupéfait par ce qu’il lit, il demande conseil à des collègues réunis autour de la machine à café, provoquant des réactions fort différentes. Quelques heures après l’évènement, Jean-Charles lui écrit une lettre qu’il dépose dans son casier.
Sébastien : Lorsque je m’adresse à Jean-Charles, en salle des professeurs, immédiatement après l’incident qui a eu lieu en classe avec Christophe, je sais qu’il va m’apporter une réponse, et c’est évidemment ce que j’attends. J’entends par là qu’il va mettre des mots sur ce qui s’est passé et me permettre d’instaurer une distance avec l’évènement. Je sais aussi que certainement il va m’écrire, le soir même peut-être, et c’est ce passage à l’écrit qui m’intéresse le plus car là, on se pose (on se repose) et l’on commence véritablement à penser. Le texte que j’aurai en effet quelques heures plus tard sous les yeux va fonctionner comme une chambre d’écho : ce qu’énonce Jean-Charles, je pourrais dire que je le sais déjà et d’une certaine manière, je l’ai toujours su, mais je n’avais pas trouvé les mots. Je suis empêché, empêtré, l’évènement est comme un bloc illisible vis-à-vis duquel je me sens tenu de réagir, alors qu’il…