L’oral, ça s’apprend aussi !

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Les problématiques liées à l’apprentissage de l’oral resurgissent parallèlement au constat de crise que traverse régulièrement l’école quant à ses finalités éducatives. En France, traditionnellement, seule la culture écrite possède une valeur scientifique, confirmant ainsi sa domination sur la culture et la communication orales. L’écrit symbolise l’objet éducatif et incarne la réussite scolaire, sociale et professionnelle. La maitrise de l’écrit reste au cœur du système éducatif en France, et l’enjeu de son enseignement central pour l’institution scolaire, au détriment de l’enseignement de l’oral. L’écrit et la parole sont souvent mis en opposition à l’école et hiérarchisés. Pourtant, les compétences orales sont tout aussi indispensables à la transmission des savoirs et à l’apprentissage en général.

Le langage est un processus biologiquement déterminé, mais qui nécessite une mise en fonctionnement corrélée aux échanges qu’entretient l’enfant dans son contexte familial. Apprendre à parler est un processus sociocognitif complexe qui nécessite un long apprentissage dépendant des interactions avec les adultes. Il faut que l’enfant trouve suffisamment de « nourriture langagière »[[Emmanuelle Canut, « Apprendre à parler pour ensuite apprendre à lire et à écrire », intervention au congrès de la Fname (Fédération nationale des associations de maitres E) « Le langage. Objet d’apprentissage, outil de pensée. Quels obstacles ? Quels leviers ? » d’octobre 2009.]] dans les discours des adultes pour s’approprier le fonctionnement syntaxique et lexical de la langue. Il ne s’agit pas seulement d’une imitation du discours de l’adulte, mais d’un processus interactionnel. La syntaxe, plus que le lexique, est un élément primordial dans ce processus, car elle permet d’organiser le discours et de construire la pensée en traitant des évènements de façon abstraite, en les situant dans le temps et dans l’espace, en exprimant des relations logiques et en articulant des raisonnements. La langue n’est pas qu’un catalogue de mots, ce sont les phrases qui permettent aux enfants de mettre le langage en fonctionnement.

Les enjeux de l’oralité pour la réussite scolaire

L’oralité permet aussi de se positionner sur le plan identitaire et de prendre part à la communauté scolaire d’abord et à la société ensuite. La construction de l’élève comme sujet parlant, capable d’utiliser le langage pour apprendre et comprendre, semble donc un enjeu crucial pour l’école. L’école promeut l’apprentissage d’une langue unique, un français standard, garant d’une culture commune pour tous. Cet objectif est largement contrarié par les difficultés des élèves à maitriser la langue, dans un contexte de massification scolaire où l’écart s’accroit entre le français de l’école et le français des élèves. Le lien entre difficultés scolaires et compétences se tisse dès les premiers apprentissages, pour se renforcer au début de l’école élémentaire. Des recherches[[Élisabeth Bautier, « Et si l’oral pouvait permettre de réduire les inégalités ? », Les dossiers des sciences de l’éducation n° 36, 2016.]] montrent que la source de l’échec serait langagière et que la réussite dans les apprentissages serait corrélée à la capacité à bien parler le français. Un socle commun se constitue malgré tout, mais les décalages entre répertoires et conduites langagières s’accentuent, du fait des contextes de socialisation, des formes de culture, des connaissances acquises, qui vont déterminer un bagage linguistique.

La communication en classe repose sur la nécessité de participation des élèves pour que le cours dialogué puisse prendre place. Elle dépend également de la capacité de l’enseignant à se faire écouter et à écouter les élèves, de la volonté des élèves d’écouter l’enseignant et les autres élèves. L’écoute est à la fois une condition préalable à tout travail sur l’oral et un des objectifs de ce travail[[Claudine Garcia-Debanc, « Enseigner l’oral ou enseigner des oraux ? », Le français aujourd’hui n° 195, 2016, p. 107-118.]]. Gérer les temps oraux est une activité aléatoire qui peut déclencher des difficultés communicationnelles de part et d’autre de la classe et qui nécessite donc une gestion efficace par l’enseignant des systèmes d’écoute et de parole. Cela nécessite des qualités de tolérance, d’attitudes civiles et civiques et parfois d’empathie[[Élisabeth Nonnon, « Écouter peut-il être un objectif d’apprentissage ? », Le français aujourd’hui n° 146, 2004, p. 75-78.]].

Néanmoins, les dimensions vocale et corporelle (la variation du débit, l’utilisation de pauses et de silences, l’adaptation du volume à l’espace, l’auditoire, la nature du discours, l’utilisation du souffle) sont rarement abordées dans le cadre de l’enseignement du français, car elles semblent relever de la sphère privée et qu’il est malaisé de les définir et de les évaluer. Or, la diction, la prosodie et l’expression corporelle caractérisent, au-delà des éléments linguistiques, l’expression orale. Très peu de recherches sont consacrées à l’étude de l’écoute ou d’autres manifestations non verbales, alors qu’elles devraient sans doute faire partie des éléments à prendre en compte pour une meilleure prise en charge de l’enseignement et de l’évaluation de l’oral. En effet, en l’absence d’écoute, pas de partage, pas d’échange, pas d’apprentissage.


Références

Marie Gaussel, « Je parle, tu dis, nous écoutons : apprendre avec l’oral », Dossier de veille de l’IFÉ n° 117, ENS de Lyon, avril 2017.

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