« Je ne vais pas mentir pendant trente ans ! »
Pour donner du sens à leur travail, les enseignants, dans le secret des classes, composent avec la prescription. Ne mettent-ils pas ainsi en danger leur santé au travail ? Un regard franco-québécois, inspiré de l’analyse du travail.Malgré des systèmes éducatifs fort dissemblables, la France et le Québec voient leur corps enseignant aux prises avec des problèmes similaires. Dans un cas comme dans l’autre, les symptômes d’une dégradation de la santé des enseignants se multiplient : du sentiment d’être sous pression, tendu, épuisé, fatigué, usé, impuissant, jusqu’aux décompensations psychiques allant de portraits cliniques anxiodépressifs au suicide, en passant par la désillusion, le cynisme, le retrait, voire la désertion professionnelle. La colère gronde contre un discours néolibéral sur l’éducation qui se répand et s’incarne dans des mesures politiques qui individualisent la responsabilité des enseignants à l’égard de la « réussite » des élèves, tout en prescrivant de manière de plus en plus intrusive les « bonnes pratiques ».
Certes, les enseignants sont acteurs dans le processus de « renormalisation » de leur activité : face à des prescriptions qui évoluent rapidement au gré des changements de ministres, aux prises avec le réel du travail, dans le huis clos de la classe ou des écoles, ils bidouillent, rusent, retravaillent les directives dans leur activité quotidienne