Jamais sans école
« Bonjour, je voulais vous dire qu’aujourd’hui, on est sortis de l’hôtel. On est quatre dans la famille. Veuillez nous aider SVP. Nous, les enfants, on travaille bien au collège. Moi j’ai 12 ans et mon frère 14 ans. On est en train de pleurer parce qu’il fait froid dehors. SVP aidez-nous. Merci on est dans le collège Gilbert-Dru. » (message posté sur le compte Facebook du collectif Jamais Sans Toit, le 9 mai 2019)
Cet appel à l’aide est celui de deux enfants de l’agglomération lyonnaise. Et à Lyon, les écoles ne se transforment pas seulement en bureau de vote, elles deviennent parfois aussi des centres d’hébergement d’urgence. Ainsi, en décembre dernier, les parents d’élèves et les enseignants de leur collège s’étaient mobilisés pour qu’un hébergement d’urgence soit proposé à cette famille dans le cadre du dispositif hivernal. Ils avaient rejoint alors le collectif Jamais Sans Toit, alerté les autorités puis avaient fini par occuper leur établissement afin de mettre cette famille à l’abri du froid et de la violence de la rue. Cette occupation s’inscrivait alors dans un mouvement plus large pour que soit appliqué le droit inconditionnel à l’hébergement d’urgence (art. 345-2-2 du code de l’Action sociale et des familles). Une vingtaine d’écoles et collèges ont été occupés cet hiver sur l’agglomération lyonnaise.
Le 20 novembre 2018, le préfet du Rhône annonçait, lors de la conférence de presse du plan hivernal, que 700 enfants étaient à la rue dans l’agglomération. Ce 20 novembre, c’était le vingt-neuvième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant. Le même jour, parce que l’école joue un rôle fondamental dans la défense et la promotion des droits, parce qu’elle est un espace rare de rencontre entre sans-abris, sans-papiers et parents en situation régulière, une vague d’occupation d’établissements scolaires débutait sur l’agglomération afin qu’aucun enfant ne soit à la rue.
Pour cette famille, l’occupation avait duré deux semaines avant qu’elle puisse bénéficier d’une chambre pour quatre dans un hôtel. Mais courant avril, les centres d’hébergement d’urgence qui avaient ouvert pour l’hiver ont commencé à fermer. En quelques semaines, 200 personnes furent remises à la rue et, parmi elles, cette famille. En mai, trois écoles étaient à nouveau occupées pour mettre à l’abri dix-neuf enfants et leurs familles. À l’école Berthelot, située face au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, le plus jeune avait juste 1 an.
« De la déclaration à l’action » était le slogan de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2018, journée à laquelle s’associait le ministère de l’Éducation nationale. Force est de constater que l’État multiplie les déclarations, mais oblige la communauté éducative à agir pour que l’école ne se résume pas à un musée des valeurs.