En saigner pour ne pas mourir d’ennui
Une élève d’abord heureuse puis humiliée, orientée ; une élève devenue professeure dans le technique et qui commence à perdre ses idées ; une enseignante blessée qui réussit à construire son métier.
Je suis née en 1942 dans une école Freinet, au milieu des champs, dans un petit village charentais. Classe unique, accueillant en moyenne une vingtaine d’enfants de cinq à quatorze ans suivant les saisons ! Mes premiers pas m’ont immanquablement dirigée au fond du couloir de la maison d’école qui ouvrait sur cette classe où ma mère enseignait avec passion. Elle entretenait avec Célestin Freinet une importante correspondance autour des activités et projets de toutes sortes et se rendait régulièrement, chaque semaine, à Angoulême, aux conférences pédagogiques réunissant de nombreux collègues. Une fois par an, une rencontre d’une semaine entière était organisée sous la houlette de Freinet. Mon père, commerçant, portait un classique regard sur les vacances des enseignants en général, mais admirait silencieusement ma mère, en particulier lorsqu’elle était encore dans sa classe à neuf heures du soir en train de mitonner des tableaux de lecture de toutes les couleurs de la vie ! C’est ainsi que, jusqu’en 6e, j’ai mené ma scolarité dans les plus purs délices de l’apprentissage pour le plaisir : enchevêtrement de sons, de couleurs, de surprises, d’attentes fiévreuses, d’imagination débordante, de textes libres, d’expositions de peintures, de sciences aux champs, de correspondant…