En formation continue
La souffrance enseignante est sans doute liée au travail que chacun fait avec les élèves, mais elle est aggravée par des facteurs propres à l’organisation du travail dans les établissements et par les défauts de fonctionnement des collectifs.
Si nous vérifions tous les jours à quel point le collectif est bien la source et la chambre de résonance de la souffrance au travail (et du même coup du plaisir), nous nous approchons aussi des tensions vécues par la personne au cœur de son activité. Et si ce n’est pas courant que les professeurs que nous rencontrons parlent eux-mêmes de souffrance, quand ils nous racontent une anecdote ou quand nous reparlons avec eux d’une situation que nous avons observée, à la question « Vous diriez que cela vous a fait souffrir ? », la réponse est très souvent« Oui. On peut dire ça. » Il ne s’agit pas là de personnes dites en difficulté, mais de professeurs actifs, inventifs, volontaires pour nous parler. Il s’agit de la souffrance quotidienne jamais nommée comme telle, mais exprimée en termes de fatigue, de surcharge, d’usure au fil des jours. En début de stage, la plainte est la même qu’en salle des professeurs, sur les élèves, les programmes, les parents et le ministre. Mais le plus chaud, le plus douloureux n’est pas là. Il est plus près. Il est dans l’établissement.
Une des hypothèses que nous posons dans notre groupe de formateurs est que la souffrance enseignante est liée au travail que chacun fait avec les élèves, mais qu’elle est aggravée par des facteurs propres à l’organisation du travail dans les établissements et par les défauts de fonctionnement des collectifs.
Les analystes du travail identifient trois modes de reconnaissance du travail, liés à trois jugements sur le travail : le jugement de beauté, délivré par les pairs sur la base de récits ou de situations où le travail est visible : c’est du beau travail, tu es bien des nôtres et même à nul autre pareil. Dans ce jugement entrent à la fois le beau geste et les normes de métier : ce qu’il est bon de faire dans ce travail, et sur q…