Dire et écouter les peurs

Publié le Lecture : 17 min

Les premières fois. Ses premiers instants en tant qu’enseignant. Ce sont ces moments que ravive ici Mireille Cifali. Du point de vue des émotions ressenties, en particulier des peurs émergentes. Elles seraient la base d’une naïveté critique, signe d’une qualité professionnelle.

Je n’évoquerai pas tant les débuts effectifs dans le métier d’enseignant que la manière dont un formateur y prépare dans le temps de la formation. Je m’appuie, ce faisant, sur un séminaire mené durant trois années à la Section des sciences de l’éducation de l’Université de Genève, qui était intitulé : « La pratique professionnelle entre tensions, contradictions et compréhensions ». Parmi les thèmes traités nous en avions un, formulé ainsi : « La première fois ». Chaque étudiant avait pour contrainte la réalisation d’un travail personnel sur ses sentiments éprouvés. Il déposait d’abord ses mots sur une page, puis rencontrait un professionnel pour qu’il évoque sa première fois et puisse répondre aux questions soulevées, j’élaborais ensuite un écrit, après coup.

Dans toutes les professions, les débuts ont été étudiés, avec ce qui les favorise, ce qui les complique, ce qui les rend redoutables au point que la décision de quitter le métier se pose parfois alors qu’il s’agit de tenir. Beaucoup a été écrit à propos des multiples responsabilités : de l’institution qui est censée accueillir ; du débutant avec ses savoirs, techniques et capacités psychiques ; de la formation souvent accusée de n’avoir pas assez formé ou d’…

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