Des doutes professionnels
Pour tenter de comprendre le métier enseignant et saisir les causes du malaise souvent invoqué, il faut à la fois connaitre objectivement les réalités de ce travail et s’en distancier ; il faut aussi mettre en évidence les contraintes professionnelles et les contradictions, voire les paradoxes qui accompagnent les injonctions institutionnelles.
Lors d’une journée de formation à l’IUFM (institut universitaire de formation des maitres), une enseignante en anglais nous dit : « J’ai des élèves dans mon collège, ils ne respectent rien. Machistes, spécialistes des gros mots, quand vous leur faites une remarque, ils rigolent. Je ne sais pas moi, je n’ai pas fait des années d’études pour être humiliée. » Enseigner est ici une épreuve dans laquelle on ne peut dissocier ni les savoirs à enseigner, ni l’identité de celui qui enseigne, une identité fortement associée à la capacité de détenir un savoir, fondement d’une autorité légitimée. Mais ce désarroi cache un ensemble d’enjeux que nous retrouvons au centre même de l’expérience enseignante aujourd’hui.
D’abord, le statut du savoir que l’on enseigne : entre le savoir utile et le savoir désintéressé, c’est la question du sens qui se pose, tant pour les élèves que pour les enseignants. Ensuite, on trouve des décalages entre l’expérience de l’élève que l’on a été et celle des élèves que l’on a en face de soi. Cela active des dispositions qui entrent en tension avec le quotidien de la classe et conduisent parfois à des malentendus. Ces décalages sont renforcés par le parcours de l’enseignant au sein de l’université : les savoirs universitaires apparaissent être en décalage avec les savoirs à enseigner. Enfin, parler de l’intérêt des élèves, de leur niveau et de leur capacité à entrer dans les savoirs est aussi une façon de dire que le travail enseignant n’est plus seulement d’ordre scolaire, mais qu’il est aussi d’ordre éducatif, au sens large et ambigu qu’une telle expression recou…