De la collecte à l’analyse
Dans le recueil d’expériences qui suit, nous avons souhaité aborder la question de l’observation, activité centrale dans le travail des étudiants sur le terrain, sous différents angles d’entrée. Les textes sont donc proposés dans un ordre qui rappelle quelque peu le cheminement chronologique de l’étudiant dans le module de formation que nous lui proposons : premièrement, il découvre la tâche qui lui incombe et qui, souvent, l’indispose. « Observer ? Je vais m’ennuyer au lieu d’apprendre à enseigner ! » L’étudiant est invité à investir le rôle d’observateur, pour apprendre à décortiquer l’évidence, à analyser ce qui roule, à questionner ce qui dérange (Nancy Bresson). Vient ensuite le contrat de travail sur le terrain (observation, responsabilités partagées, travail en solo) qui est proposé aux formateurs et étudiants : nous demandons aux duos de stipuler les quelques règles qui guideront le travail de compagnonnage. Comment aider l’étudiant à investir complètement ce rôle ? Comment s’assurer que les formateurs de terrain accompagneront l’étudiant dans le travail d’observation et de découverte sur le terrain ? (Andreea Capitanescu Benetti). Suivons alors un étudiant type sur le terrain. Quels questionnements ? Quelles découvertes ? Quelles difficultés ? (Nilima Changkakoti). Finalement, de retour à l’université, jetons un œil au matériau récolté (Valérie Hutter) et voyons comment il est travaillé, décortiqué, investi par les étudiants et les formateurs universitaires (Valérie Vincent). Bonne lecture !
Il n’y a pas de recherche sans observation préalable, pas d’avancée scientifique sans ce travail indispensable, attentif et patient d’observation. L’observation est une clé précieuse, mais trop souvent oubliée.
Observare, en latin, c’est porter son attention, surveiller mais aussi respecter, se conformer. L’observation est un outil extraordinaire, mais souvent négligé dans le monde enseignant qui est un univers actif, un monde de l’agir, du faire où l’on prend rarement le temps de la distance, du recul. « On a la tête dans le guidon », réalisent les professionnels au moment où, justement, ils ont l’occasion de la lever un peu. Agir est aussi parfois un mode de défense, qui permet d’éviter de penser, de ressentir.
Mais pourquoi observer, à quoi ça sert en définitive ? D’abord à apprendre des autres. L’enseignant observant sa classe apprend à connaitre les élèves individuellement et à repérer leur développement individuel, mais aussi leurs réactions dans différents contextes. Il prend ainsi conscience de ce qui les met en difficultés, ou au contraire les stimule positivement. Il découvre également la dynamique groupale qui règne dans la classe, les différents leadeurs, boucs émissaires, mouvements d’alliance qui régissent les petits groupes et la classe tout entière. L’observation donne alors des clés pour ressentir l’atmosphère émotionnelle de la classe et apprendre ainsi, ultérieurement, à réguler ces phénomènes.
Mais elle permet aussi d’apprendre de soi à travers ce que l’on ressent, ce que l’on vit intérieurement. La psychanalyse nous a appris que l’observateur était impliqué dans le champ d’observation et qu’il devait « s’observer en train d’observer ». C’est un travail particulièrement exigeant et difficile où il faut « apprendre à regarder et ressentir avant de se lancer dans les théories », précise Esther Bick, fondatrice de la méthode d’observation du bébé. Freud avait proposé le modèle de l’attention flottante, afin de ne pas se limiter à priori à un certain champ d’observation, « au risque de ne trouver que ce l’on savait d’avance ».
Observer les enfants, c’est aussi s’ouvrir à l’autre et à soi-même. Être attentif à l’enfant en soi, à ce que ressent cet enfant intérieur présent en chacun de nous. C’est aussi prendre le temps de s’identifier à l’enfant réel, de comprendre ce qu’il ressent, en écoutant nos propres mouvements internes. Pour un enseignant stagiaire, c’est aussi développer des capacités d’observation empathique, ne pas juger, mais essayer de …