Apprendre une lecture distanciée
Lire un album de bande dessinée peut demander un travail d’interprétation exigeant pour comprendre les enchainements et les rapports entre textes et images au fil du récit. Des exemples de dispositifs dans la classe pour en mener l’étude avec les élèves.
Un préjugé tenace colle au médium BD, lorsqu’il s’agit de promouvoir l’étude d’albums en classe : la bande dessinée serait une lecture facile, sous prétexte qu’elle permettrait de visualiser les personnages, la situation d’énonciation et l’univers référentiel, offrant ainsi tous les indices contextuels pour reconstituer l’intrigue et permettre la compréhension littérale du récit. C’est faire fi du travail d’inférence qu’implique la nature intrinsèquement elliptique des récits séquentiels en images. Mais plus encore, c’est dénier à la BD son caractère d’œuvre littéraire, consistant à programmer à l’envi sa propre incomplétude, pour engager le lecteur dans un travail interprétatif de reconstruction du sens. Nous souhaiterions montrer ici comment l’étude d’une bande dessinée en classe de CM2 peut convier les élèves à combler les « blancs » et les non-dits de l’œuvre, leur faire adopter une lecture distanciée, attentive aux stratégies de la narration icono-textuelle, et les engager dans un travail personnel de symbolisation.
L’album étudié est le tome 2 d’Angelot du lac, une série créée par Yvan Pommaux qui se déroule durant la guerre de Cent Ans. Intitulé Le Secret de la caravane, ce tome est généralement moins connu que le tome 1 recommandé dans la liste officielle pour le cycle 3, en lien avec l’étude du Moyen Âge.
Dans cet album, Angelot et son seigneur se joignent à une caravane de marchands qui possède deux secrets. Elle abrite tout d’abord à l’insu de tous une bête sauvage dans une cage, un léopard destiné à être offert à un jeune comte italien en guise de dot pour son mariage. L’autre secret est la promise elle-même, une jeune fille de 12 ans prénommée Agnès, qui voyage à l’abri des regards, enfermée dans une roulotte du convoi. Ces deux personnages prisonniers incarnent deux rapports différents à la liberté, et tracent l’alternative d’un choix de vie pour Angelot : d’un côté l’indépendance farouche de…