Animer une discussion à visée philosophique en classe

L’auteur décrit ici un dispositif de pédagogie coopérative, qui peut être mis en œuvre, « essayé » lors d’une formation avec des stagiaires enseignants de toute discipline. L’enjeu politique de cette discussion est de contribuer à l’éducation d’une « citoyenneté réflexive », dans un « espace public scolaire de discussion ». Il y adjoint une réflexion sur le fondement démocratique de ce dispositif, sur le pourquoi des rôles précis distribués aux élèves, à l’enseignant.
Les pratiques philosophiques se sont développées en France dans la cité depuis 1992 (cafés philo), et depuis 1996 dans le système scolaire, bien avant la Terminale (maternelle, école primaire, Segpa, etc.). On trouvera ci-dessous l’un des dispositifs qui se sont développés dans les classes depuis les années 2000 avec Alain Delsol, Sylvain Connac et Michel Tozzi : la « discussion à visée philosophique » (DVP).
Il s’agit d’un dispositif avec une double visée :
- démocratique par ses règles de prise de parole, sa répartition des fonctions entre élèves, inspirées de la pédagogie institutionnelle ;
- philosophique, par trois exigences intellectuelles sur lesquelles veille, par son type d’animation, le professeur :
- le questionnement de l’élève et de la classe, l’autoquestionnement, qui permet de problématiser des notions (la justice est-elle juste ?) et des questions (une amitié, ça dure toujours ?), en se mettant en recherche, individuellement et collectivement ;
- la conceptualisation, qui cherche à définir des termes-notions (qu’est-ce qu’un ami ?), notamment à partir de distinctions notionnelles (ami, copain, amoureux), pour que la parole permette une pensée précise ;
- l’argumentation, qui implique de valider rationnellement son point de vue, quand on affirme quelque chose, et de donner des objections justif…