Gagner du temps et personnaliser grâce au numérique

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La e-classe est un dispositif mis en place dans une classe par niveau au sein du collège Sainte-Trinité, qui accueille des élèves d’un niveau social hétérogène. Après quatre ans d’expérimentation, l’équipe fait le point.

Notre collège a mis en place une e-classe par niveau. Notre équipe avait pour objectifs de jeter un pont entre deux mondes souvent trop éloignés, l’école et l’extérieur, en formant les élèves aux outils qu’ils ne savent pas tous utiliser, contrairement aux idées toutes faites. Et aussi de réintroduire la notion de plaisir à l’école.

Un dispositif technique

Les e-classes sont composées de vingt-cinq élèves environ. Chaque élève dispose d’un ordinateur attitré connecté à internet, d’une adresse courriel et de manuels scolaires supplémentaires qui restent en classe. Les salles sont équipées d’un tableau blanc interactif (TBI) et d’une plateforme permettant aux professeurs de mettre leurs cours en ligne et de tenir un cahier de texte électronique. Du côté des familles, tout élève postulant pour la e-classe doit être équipé à son domicile d’un ordinateur connecté à internet et d’une imprimante couleur, mais aucune connaissance particulière en informatique n’est exigée. Une formation à la maitrise des outils est donnée au préalable aux enseignants et aux élèves. Cependant, la e-classe ne se définit pas comme une classe informatique qui utiliserait les moyens technologiques pour rénover un enseignement traditionnel. Le principe du dispositif est de valoriser l’autonomie, la curiosité et l’oralité des élèves, et d’inciter les enseignants à laisser libre cours à leur créativité pédagogique. L’enseignant découpe sa séquence en séances, qu’il rend disponibles aux élèves sur traitement de texte via la plateforme en ligne, au fur et à mesure de son déroulement. En un seul cours peuvent se côtoyer documents vidéos, audios, picturaux, animations flash ou exercices interactifs, grâce aux manuels interactifs et aux logiciels spécifiques. En classe, la prise de notes n’est plus un problème, puisque l’élève retrouve le soir à la maison la trace écrite laissée par l’enseignant sur la plateforme de cours en ligne. Le gain de temps induit permet aux enseignants d’élargir et d’approfondir le cours. En cours de langue par exemple, une part plus grande est donnée à l’oral en classe : dialogues entre élèves, commentaires d’images ou de journaux télévisés, jeux interactifs sur le vocabulaire, etc. En cours de sciences comme en mathématiques, on s’attarde plus longtemps sur les travaux pratiques. Sur des sites internet d’exercices interactifs, les élèves s’entrainent avec plaisir. Ce mode de fonctionnement permet une différenciation pédagogique plus aisée.

Libéré

L’enseignant est aussi plus disponible pour les élèves en difficulté, car les outils numériques le libèrent d’un certain nombre de contraintes. En géométrie, les outils tels que le compas ou le rapporteur peuvent rester fixés à l’écran, alors que le professeur prend le temps de vérifier l’avancement des élèves. Les étapes d’une construction géométrique sont filmées, pour que les élèves puissent retrouver la démarche à tout moment sur la plateforme. La caméra qui retransmet l’expérience en direct sur le TBI accompagne les enfants dans leur démarche scientifique. En cours d’histoire, les élèves sont encouragés à réfléchir sur la question de la séance, à donner leur point de vue et à le confronter à celui de leurs pairs, afin de construire, ensemble, une synthèse qui s’affiche peu à peu sur le TBI : le numérique permet aussi une plus grande participation des élèves. La mise en autonomie est plus systématique ; l’enseignant, moins centré sur la simple transmission des connaissances, a le rôle d’un guide qui oriente, pilote le groupe et développe l’esprit critique des élèves. Les élèves ne sont donc plus spectateurs du cours, mais prennent une part plus active et soulèvent d’autres questionnements qui enrichissent le cours et font le lien avec les autres disciplines, entre l’histoire et le français, voire la philosophie. Ces questionnements mènent également au pluriculturel : la visite de la section Han du musée Guimet est un temps de recherches, mais aussi de découverte. Les élèves vont donc plus loin dans la connaissance et dans la réflexion. Néanmoins, ces formes nouvelles de pédagogie ne sont pas destinées à remplacer totalement les enseignements plus traditionnels. Il est par exemple important qu’en mathématiques, l’élève sache faire des constructions avec les instruments de géométrie. En effet, placer une équerre sur un écran relève de la connaissance théorique, mais ne répond pas à la compétence pratique du maniement de l’outil en termes de psychomotricité. De la même manière, nous avons constaté que l’élève avait besoin de travailler sur un support papier pour les frises chronologiques et la cartographie, afin de se familiariser avec le repérage visuospatial. Les activités classiques et numériques sont donc complémentaires.

À la maison aussi

L’élève prend connaissance des devoirs à effectuer (traditionnels ou numériques) sur le cahier de texte électronique. Il télécharge la séance laissée à sa disposition par l’enseignant. Cette séance n’est pas prête à imprimer : l’élève doit agir sur la leçon, en la complétant d’une définition à chercher, d’une synthèse ou des notes manuscrites prises en classe à reporter, et en la personnalisant pour l’adapter à un éventuel handicap cognitif comme la dyslexie, ou à sa méthode de mémorisation de prédilection (rajout d’images, mise en forme du cours sous forme de carte heuristique), tâche qui favorise l’autonomie et la métacognition. Il imprime ensuite son cours, le range dans un classeur que le professeur vérifie de temps en temps. Les évaluations sont effectuées pour la grande majorité d’entre elles sous forme traditionnelle, manuscrite, afin de garder l’habitude du stylo et de former les élèves aux conditions d’examens nationaux. Néanmoins, quelques pratiques nouvelles sont apparues : exercices en ligne, ou, dans une très moindre mesure, les serious games maison ; pour évaluer en français la séquence sur Ulysse, par exemple, une enseignante a créé un jeu de l’oie sur le TBI. La classe, divisée en équipes, devait suivre Ulysse dans son voyage et répondre à des questions (grammaire, mythologie, littérature) en rapport avec la séquence faite précédemment, mimer une scène du livre ou dessiner un personnage que la classe devait reconnaitre. Cette évaluation d’un genre différent a permis à bon nombre d’élèves de l’appréhender avec moins d’angoisse et d’obtenir des résultats plus satisfaisants. Au vu des évaluations, l’équipe pédagogique note par ailleurs que les élèves acquièrent les concepts de façon plus rapide, sont capables de discerner les mots et les notions clés, de se les approprier et de les réutiliser au travers de différentes séances et disciplines. Ce bon résultat est sans doute dû à une meilleure implication de l’élève en cours par sa participation orale, par ses recherches, par les échanges d’idées, mais aussi, à la maison, par la réappropriation de la trace écrite et les recherches complémentaires qu’il peut effectuer, en internaute averti.

Investissement et créativité

Ainsi, pour les élèves, le bénéfice est évident en termes de participation et d’autonomie, ce qui contribue à faire baisser de manière significative le taux d’absentéisme. Malgré une certaine démotivation lorsque le cours devient plus scolaire ou lorsque le ludique devient la norme, nous constatons un meilleur investissement et un développement de la créativité, qui se perçoit notamment à travers leurs travaux personnels (créations de diaporamas, de sites internet, montages vidéos). Ce dispositif induit par ailleurs l’acquisition évidente de l’usage bureautique de l’informatique au quotidien et une démarche réfléchie sur internet, compétences qui seront nécessaires pour le B2i (brevet informatique et internet) comme pour la vie professionnelle. Nous notons en outre une curiosité accrue, un développement de la confiance en soi et une plus grande aisance dans la prise de parole, dans la vie privée comme en classe. Il faut alors lutter contre certaines dérives : prises de parole intempestives, difficulté pour certains élèves à rester concentrés et à écouter les autres ou le cours, notamment dans la mesure où ils ont la certitude de le retrouver en ligne le soir.

L’équipe des e-profs ! Fabrice Battais, Françoise Deschamps, Nathalie Dombis, Lucie Guillon, Nicole Garcin, Guylaine Giannas, Delphine Chauveau, initiatrice du projet
Collège Sainte-Trinité, Marseille
Texte paru dans le n° 498, Apprendre avec le numérique, juin 2012

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