Soutien scolaire avec l’IA : « Explique-moi, ne le fais pas »

Publié le Lecture : 12 min Par David Appadourai

Depuis avril 2026, une dizaine de collégiens et de lycéens suivis en soutien scolaire associatif travaillent aussi avec un tuteur numérique fondé sur l’intelligence artificielle. Tout se passe par écrit, et tout peut se relire : ce que les élèves lui demandent, ce qu’il leur répond, et ce qu’ils font de ses réponses. Avantages et limites de ce soutien numérique.

Un dimanche après-midi d’octobre, un collégien photographie un exercice et écrit : « Explique-moi comment faire l’exercice 3. » Il a un contrôle le mardi. L’énoncé demande combien de sachets identiques on peut préparer avec 330 autocollants et 132 drapeaux. En seize secondes, l’outil décompose les deux nombres, trouve 66 sachets et donne le contenu de chacun. L’exercice est terminé, et l’élève n’a rien fait.

Une minute plus tard, il écrit : « Explique-moi, ne le fais pas. » L’outil obéit. Il reprend la méthode sur l’exercice voisin, question par question, sans donner un seul résultat, et conclut : « Envoie-moi tes réponses à la question 1 et à la question 2, et je te dis si c’est bon. »

C’est un collégien qui rappelle à la machine à quoi elle sert. En relisant six mois d’échanges, nous avons trouvé d’autres élèves qui, comme lui, gardent la main.

Un tuteur maison Vidyalaya est une association de bénévoles. Depuis  2020, nous accueillons des familles à Paris : les parents apprennent le français, les enfants viennent pour le soutien scolaire. Le tuteur, que nous avons développé nous-mêmes1, sert entre deux séances : l’élève lui écrit, lui envoie la photo d’un exercice ou de sa copie, reçoit une explication.

Depuis la fin aout, des élèves d’un accompagnement scolaire bénévole de Lyon l’utilisent aussi. Nous ne sommes pas à côté d’eux quand ils s’en servent, mais tout est écrit et daté. Les scènes qui suivent viennent de ces échanges, cités tels qu’ils ont été tapés2.

Suivre le guide pas à pas 

Un mardi matin d’avril, à 8h45, une élève de 5e envoie la photo de sa feuille : « Fais-moi l’exercice 2. » Il faut construire un rectangle, un losange et un carré à partir de leurs diagonales, et une interrogation est prévue le 4 mai. L’outil ne fait pas la figure. Il demande à l’élève ce qu’elle sait des diagonales d’un rectangle (« Que les diagonale on l’a même longueur »), puis la guide au compas, une étape à la fois.

À 9h17, elle envoie une photo : « C’est comme sa. » La forme est juste, mais les lettres ne sont pas dans le bon ordre. Elle recommence. À 9h26 : « Tu me dis si c’est bon et on pourra passer a l'autre figure. » C’est bon. Suivent le losange, le carré, puis la figure de l’exercice suivant, chaque fois photographiés et vérifiés.

Elle rédige ensuite elle-même sa conclusion : « D : on peut dire que c’est un carré un losange et rectangle P : un carré et a la fois un rectangle et un losange C : donc EFGH et un carré, un rectangle et un losange. » L’outil lui répond que c’est exactement le bon raisonnement, puis lui montre ce qu’il reste à resserrer dans la rédaction.

À 10h18, elle s’arrête : « Non merci mais merci beaucoup tu beaucoup aidé. » Elle avait demandé qu’on lui fasse un exercice. Elle a tracé quatre figures.

Trois semaines plus tard, sur des programmes de calcul, c’est elle qui fixe la règle : « Ok je sais pas tu peux me donner les étapes puis moi je calcule. » L’outil donne les étapes, elle fait chaque calcul, et tous ses calculs de l'exercice suivant sont justes.

S’affirmer au fil du temps 

Un lundi de mai, à 19h48, un élève de 3e qui a un contrôle le lendemain sur les transformations écrit : « Je sais pas et je sais rien faire. » L’outil reprend la translation avec un seul point. Six minutes plus tard, l’élève trouve les coordonnées de l’image : « x=1 et y=9. » Au point suivant, il se trompe dans une addition et se corrige.

Vingt minutes après son « je sais rien faire », il trouve seul l’image d’un point par un demi-tour. Le quart de tour lui résiste davantage, mais c’est lui qui pose la question que l’outil avait laissée de côté : « Mais on doit pas trace des choses dans la rotation translation j ai pas vu. »

Un mois plus tard, avant le brevet, il demande des fiches de révision et les relit de près : « Ta oublie les aire urbaines », puis, en histoire, « ta oublie le mur de berlin et plein d autre chose ». C’est l’élève qui vérifie la machine.

Vérifier sa compréhension 

Un jeudi de septembre, peu après 22 heures, une lycéenne de seconde, à Lyon, se fait expliquer pourquoi 3(x+y) = 3x+3y. Deux minutes et demie après, elle écrit : « Donc si j'ai bien compris 5(x-y) = 5x-5y. » Personne ne lui avait demandé cet exemple. Elle a changé le nombre et le signe pour essayer la règle sur un cas que l’explication ne contenait pas.

Une autre lycéenne de Lyon n’a pas attendu la rentrée. Le 31 aout, elle écrit : « JE VEUX ReVISER THALES AVEC UN qcm. » En vingt minutes, elle répond à sept des huit questions, et ses sept réponses sont justes. Pour celle qui manque, elle écrit « 7 je ne comprends pas », puis recopie l’énoncé pour qu’on la reprenne ensemble.

Un élève de 1re, lui, demande de l'aide sur un extrait de Dom Juan, puis revient avec ses propres réponses : « Pour la B j'ai mis parce qu’on remarque que plusieurs éclaires tombent sur dom Juan ainsi que l’ouverture de la terre et l’abîme […]. » L’outil lui confirme qu’elle est bonne et lui indique la phrase qui manque pour conclure. Sur l’extrait suivant, il tente « un monologue ». C’est un aparté, et l’outil lui explique la différence.

Des fiches sur mesure 

L’outil fabrique aussi des documents à imprimer. Un soir de septembre, un élève de 4e envoie la photo d’un exercice sur la translation, avec trois mots : « Je comprend pas. » Une minute plus tard, il reçoit une fiche construite sur sa propre feuille : la leçon dans un encadré, un schéma de la figure qui glisse de A vers B, puis chacune de ses questions reprise avec une méthode pas à pas et des lignes pour écrire.

La veille d’un devoir surveillé, la lycéenne de 2de reçoit de la même façon une fiche sur le développement et la factorisation : les règles encadrées, un exemple résolu sous le titre « Je le fais, tu fais les suivants », et une vérification en remplaçant x par 1.

Les limites de l’IA 

L’outil fait parfois le travail à la place de l’élève, comme dans la première scène. Il se trompe aussi, avec la même assurance que lorsqu’il a raison. En juin, il a déclaré fausse la bonne réponse de l’élève de 5e sur le volume d’un cylindre. C’est la photo de sa copie, envoyée pour autre chose, qui l’a fait revenir en arrière : « Ton premier calcul de 18,84 était juste. C’est moi qui me suis trompé. »

Il tient mieux sur un autre terrain : quand une lycéenne lui a demandé un carnet d’entrainement d'EPS « sans que l’on puisse remarquer que c’est fait par toi », il a refusé et lui a posé trois questions pour qu’elle l’écrive elle-même.

Presque toutes ces scènes ont lieu le soir ou le dimanche, à l’approche d’un contrôle. C’est le moment où aucun bénévole n’est disponible, et c’est pour cela que l’outil sert. C’est aussi le moment où personne ne vérifie ce qu’il affirme.

Des effets à mesurer Les échanges montrent le travail, presque jamais la note qui suit. Nous ne pouvons donc pas encore écrire que cet outil fait progresser. Ce que nous voyons, ce sont des gestes : une élève qui fabrique son propre exemple pour éprouver une règle, une autre qui demande les étapes pour faire les calculs elle-même, un collégien qui demande à la machine d’arrêter de faire à sa place.

Cet automne, nous demandons aux familles et aux bénévoles les notes, et ce que les élèves disent eux-mêmes en avoir retiré. Le collégien du dimanche avait son contrôle le mardi. Nous lui demanderons s’il a fini par faire l’exercice.

David Appadourai

Association Vidyalaya (Paris)

  • 1

    Le tuteur s’appelle Vidyia. Il s’appuie sur des modèles de langage du commerce (Claude, de la société Anthropic) et sur des consignes écrites par l’association. L’association et ses fiches en licence libre : https://www.vidyalaya.fr.

  • 2

    Les messages des élèves sont reproduits avec leur orthographe. Aucun prénom n’est donné.

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