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La 6e inclusive, une passerelle vers la réussite
Dans le Territoire de Belfort, trois collèges ont choisi de décloisonner l’enseignement adapté. Au sein des 6es inclusives, élèves de Segpa et de classes générales apprennent ensemble, avec des dispositifs conçus pour favoriser la réussite de toutes et tous, renforcer l’estime de soi et construire une véritable culture de la coopération entre les équipes pédagogiques et éducatives.Dans le Territoire de Belfort, les trois collèges dotés d’une section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) ont mis en place une expérimentation qui bouscule les pratiques, du pilotage à la salle de classe : les 6es inclusives.
Il s’agit de classes de 6e du collège Jules-Ferry de la cité scolaire de Delle, du collège REP+ Simone-Signoret et du collège REP Vauban à Belfort, où sont accueillis à la fois des élèves issus de parcours ordinaires et des élèves orientés vers la Segpa.
Nommée en novembre 2021 dans la fonction de Dasen du Territoire de Belfort, j’ai découvert cette expérimentation alors unique dans l’académie de Besançon. Il s’est agi pour moi de comprendre ce qu’étaient ces dispositifs inclusifs, pourquoi cette évolution dans ces trois collèges et comment accompagner dans la durée cette organisation pédagogique mise en œuvre par des équipes pédagogiques et éducatives porteuses de la réforme de l’école inclusive, avec cette volonté de mieux accompagner les élèves à besoins éducatifs particuliers.
Une 6e inclusive est une classe de 6e qui accueille des élèves Segpa et des élèves de la voie générale, avec des aménagements pédagogiques et organisationnels permettant la réussite de chacun et de chacune à son rythme. La Segpa propose un parcours adapté à des élèves présentant des difficultés scolaires graves et persistantes ; la 6e inclusive vise à éviter l’isolement des élèves de Segpa dès l’entrée au collège et à renforcer le sentiment d’appartenance.
Trois objectifs pédagogiques et éducatifs constituent la boussole de ces équipes pédagogiques et éducatives.
Le premier est de favoriser une transition en douceur entre l’école et le collège, en diminuant la rupture pour les élèves qui seraient plus en difficulté dans les apprentissages. Mais aussi de construire un climat scolaire bienveillant dès la 6e, loin des stéréotypes des espaces scolaires qui séparent les élèves de l’enseignement adapté d’un côté, de celles et de ceux de la classe générale, de l’autre.
Il s’agit ensuite de préserver le cadre collectif tout en individualisant les parcours par la mutualisation d’enseignements entre les élèves de Segpa dits préorientés en 6e et des élèves du cycle ordinaire. L’adaptation des rythmes de travail, des évaluations, des supports pédagogiques est pensée par les équipes dans un collectif de professeurs des écoles spécialisés et de professeurs de différentes disciplines.
Troisième axe fort : prévenir le décrochage scolaire dès l’entrée au collège, par le fait même de renforcer l’estime de soi des élèves et, bien sûr, d’éviter les effets de stigmatisation ou d’exclusion.
J’ai observé, au cours des dialogues de pilotage, l’intérêt pédagogique pour les équipes enseignantes au service de l’inclusion scolaire d’une réelle – voire indispensable – coopération entre les professeurs des écoles spécialisés, les enseignants du second degré, les AESH, les psy-EN, les CPE, etc.
Depuis de nombreuses années, la différenciation pédagogique est au cœur des formations pour prendre en compte le rythme d’apprentissage des élèves. Ainsi la co-intervention et le coenseignement dans la classe bénéficient à toutes et à tous les élèves et pas seulement à ces élèves préorientés.
J’ai mesuré le renforcement de la cohésion d’équipe autour de cette aventure commune fédératrice entre enseignants et enseignantes de Segpa et de collège, qu’il s’agisse de développer des pratiques pédagogiques différenciées (par la mise en œuvre de pédagogies actives tel que le travail en ilots, la pédagogie de projets ou le tutorat), par les formations sur les troubles d’apprentissage ou par l’inclusion. Autrement dit, le développement d’une culture de coopération entre enseignants et enseignantes.
C’est un climat plus rassurant pour les parents, car il y a moins de rupture avec le primaire pour leurs enfants, notamment celles et ceux qui sont en difficulté dans leurs apprentissages. Il n’y a plus de stigmatisation sociale liée à l’orientation en Segpa. On est un ou une élève de la sixième inclusive.
De fait, la vision de la scolarité de leur enfant est positive, car celui-ci est scolarisé à temps plein dans une classe ordinaire, avec une communication régulière et une valorisation de ses progrès et réussites individuelles. L’orientation en Segpa est perçue comme une chance, elle est mieux comprise et mieux acceptée.
Pour les élèves, cet accueil bienveillant et adapté dès la 6ᵉ, cette inclusion dans la vie du collège favorisent une meilleure estime de soi et contribuent à une motivation retrouvée pour les apprentissages. La valorisation des compétences pratiques et scolaires rend visible les petites et les grandes réussites. Le lien social entre élèves et le vivre-ensemble sont renforcés. La mixité des publics favorise la tolérance, la coopération et l’entraide. Cet apprentissage de la différence comme richesse est le quotidien de ces jeunes collégiens et collégiennes.
Après la 6e, ce sera soit la poursuite du parcours spécifique de la Segpa avec des ateliers préprofessionnels dès la 4e, soit la poursuite en classe ordinaire, dans un collège où l’on se sent bien et où tous les adultes ont une attention pour accompagner chaque parcours. Les compétences socles, lire–écrire–compter–respecter autrui, sont renforcées au rythme de chacun et chacune.
Plusieurs points de vigilance m’ont été présentées par les équipes :
- la nécessité d’un pilotage fin des emplois du temps, pour éviter les chevauchements et garantir de vrais temps de co-intervention et de coenseignement ;
- bénéficier de formations à la différenciation pédagogique, à la littératie, aux innovations pédagogiques dans la classe, mais aussi apprendre à penser les espaces d’apprentissage ;
- avoir une attention à la charge de travail des équipes et garantir les temps de concertation ;
- mettre en place un (indispensable) travail collaboratif avec les équipes de direction pour penser les moyens nécessaires à la mise en œuvre de cette organisation pédagogique innovante ;
- favoriser la mutualisation, le partage des réussites mais aussi des difficultés rencontrées par les équipes, ce qui permet de développer une culture professionnelle commune.
Toutes ces conditions étant remplies, les 6e inclusives du Territoire de Belfort s’inscrivent dans une dynamique éducative ambitieuse et humaine. Elles illustrent concrètement les valeurs de l’école inclusive : égalité des chances, respect des rythmes de chacun et de chacune, réussite pour tous et toutes. Ce dispositif répond à la promesse républicaine de l’école : élever le niveau général et donner les mêmes chances à tous et à toutes.
Que les équipes de direction, pédagogiques et éducatives de ces trois collèges soient remerciées de croire en la capacité de chaque élève à progresser.
En complément, lire cet article de Jean Bataille, Fanny Becker, Estelle Courvoisier, Ouali Meslem et Juliette Prieur, enseignants au collège Vauban de Belfort
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