Penser, c’est démocratique
À l’heure où certains voudraient déconstruire l’idée d’une démocratie fondée sur l’accueil des altérités, l’amour du pluralisme et la quête de vérités justes et fondées, l’éducation philosophique a un rôle à jouer, et les philosophes – comme tout un chacun – gagneraient à penser leur place sur l’échiquier.
Le régime démocratique est fondé sur le désir que le peuple pense, si bien que toute tentative d’entraver la pensée libre et plurielle est antidémocratique. Ici, la philosophie, comme pratique et enseignement, pourrait trouver sa place. En effet, l’enjeu n’est pas seulement de démocratiser la philosophie, mais de philosopher de façon démocratique (à l’école et dans la cité) et d’offrir ainsi une expérience démocratique en acte.
À l’école, en bibliothèque, au cinéma, au centre social, dans la rue ou au café, il n’est pas rare désormais d’apercevoir des groupes de personnes plongées dans d’immenses réflexions philosophiques sur des questions qui nous intéressent tous. Pourquoi existe-t-on ? Avons-nous tous la même liberté ? Une loi peut-elle être injuste ? Et bien d’autres encore.
Face à ces questionnements, de multiples pratiques philosophiques contemporaines tentent de réinventer les formes et les espaces afin que toutes et tous puissent philosopher, à tous les âges.
Alors que l’enseignement de la philosophie occupe en France une place singulière dans le parcours scolaire – forme de couronnement ou de cerise sur le gâteau terminal –, elle devient aujourd’hui une pratique et un apprentissage qui peuvent avoir lieu autant en classe de terminale qu’ailleurs. La question de la démocratisation de la philosophie se pose dans ses deux champs : dans ses pratiques d’enseignement (à l’école, au collège et au lycée) mais aussi dans ses pratiques d’animation (en bibliothèque, au centre social, en prison, dans les cafés, etc.).
La philosophie pour toutes et tous : oui, mais à quelles conditions ? Faut-il et comment créer de nouvelles façons de philosopher, de 7 à 77 ans ?
En vue d’explorer ces enjeux, la première partie de ce dossier portera sur l’extension de l’enseignement de la philosophie à l’école, dans son histoire, son développement et ses formes actuelles : en s’intéressant aux questionnements et aux pratiques qui sont portées en classe, par et pour les enseignants et intervenants scolaires. La deuxième partie s’interrogera sur une démocratisation qualitative de la philosophie qui vise à devenir non-excluante et accessible à toutes et tous. La dernière partie sera consacrée aux formes que prennent les pratiques philosophiques souhaitant précisément offrir une expérience de la vie démocratique.
Et si l’on étendait enfin réellement l’enseignement de la philosophie à toutes et tous ? Et si la philosophie se donnait pour tâche de ne plus être excluante ? Et si la pratique philosophique devenait un espace politique et relationnel dédié à l’expérience de la vie démocratique ? Ce numéro thématique est dédié à l’exploration des possibles.
Johanna Hawken
Maitresse de conférences en philosophie, université de Nantes
Camille Roelens
Maitre de conférence à l’Inspé de la Loire, université Claude-Bernard Lyon I