Qu’est-ce que l’école ? La « forme scolaire » : de la sociologie historique aux sciences de l’éducation

Publié le Lecture : 4 min Par Yves Reuter

Francis Lebon, Le Bord de l’eau, 2026.

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Couverture du livre " Qu’est-ce que l’école ? La « forme scolaire » : de la sociologie historique aux sciences de l’éducation "

L’ouvrage de Francis Lebon sera très utile à toutes celles et ceux qui voudraient mieux comprendre le concept de forme scolaire, élaboré par Guy Vincent, et construire une distance critique avec la profusion de publications, de valeur très inégale, qui lui est consacrée.

Le premier chapitre, intitulé « Le groupe de recherche sur la socialisation (GRS) : du concept historique à une théorie scientifique des apprentissages », s’attache à la genèse de ce concept1, qui, bien loin de ses usages ordinaires, renvoie à une configuration complexe : un espace spatiotemporel spécifique et séparé du reste de la société, des modalités d’apprentissage particulières (par exercices, sous la gouvernance du maitre et par âges), l’obéissance à des règles impersonnelles et une articulation entre savoir et pouvoir. Ses soubassements théoriques sont multiples : en histoire, en sociologie, en philosophie. Il convient, en tout cas, de rendre grâce à Francis Lebon pour avoir signalé l’influence de Merleau-Ponty, revendiquée par Guy Vincent, mais souvent occultée par les sociologues. Ce chapitre éclaire aussi certaines différences d’accentuation entre les chercheurs qui se sont emparés de ce concept. C’est le cas, par exemple, avec l’accent porté sur l’écriture chez Bernard Lahire. Francis Lebon montre aussi, à juste titre, comment le concept de forme scolaire ne se limite pas à l’école et désigne des modalités de socialisation existant aussi dans des espaces extrascolaires (familles, travail social, santé…).

Le deuxième chapitre, « La consécration du concept à partir des années 1990 : de la sociologie aux sciences de l’éducation », précise l’histoire de la réception de ce concept. Après la période des années 1980-1990 où il demeure relativement ignoré, malgré l’intérêt des certains historiens, il commence à s’implanter en sociologie, via par exemple, Perrenoud et Montandon. Mais sa consécration commence véritablement dans les années 1990-2003 avec, en 1994, la publication de l’ouvrage L’éducation prisonnière de la forme scolaire ?2 Il faut, ici encore, saluer Francis Lebon pour avoir noté l’intérêt des didacticiens pour ce concept à partir notamment du Dictionnaire des concepts fondamentaux des didactiques3, même si on peut regretter l’absence de certaines références (voir les travaux de François Audigier ou de Marie Larochelle).

Le troisième chapitre, « Métamorphoses de la forme scolaire et alternatives pédagogiques », pose plusieurs questions fondamentales. Celle des modalités d’apprentissage extrascolaires : sur le tas, dans l’enseignement professionnel, dans les loisirs et activités culturelles, dans les colonies de vacances. Celle de l’unité de la forme scolaire ou de la diversité de ses modalités possibles. Et celle, fondamentale, des évolutions de Guy Vincent, qui, loin d’une pensée figée, distingue et oppose progressivement deux modalités essentielles de la socialisation scolaire : la forme scolaire et l’instruction publique, ce qui renvoie à une socialisation démocratique et qui s’appuie sur des pratiques pédagogiques « alternatives4 ».

À ces chapitres, il convient d’ajouter la bibliographie très riche et la « Liste chronologique des références titrées avec « Forme scolaire » (1977-2023) », qui constitue un instrument irremplaçable pour qui s’intéresse à ce concept.

Donc, un ouvrage qui constitue une base de travail précieuse et qui ouvre à des débats souvent occultés. C’est le cas, par exemple, quand Francis Lebon constate (p. 170) que Guy Vincent a assimilé la forme scolaire à un projet de socialisation non démocratique, alors que pour certains sociologues qui s’en réclament, la forme scolaire contribuerait à démocratiser des outils de pensée qui permettraient l’émancipation.

Yves Reuter

  • 1

    Voir l’ouvrage issu de la thèse de Guy Vincent, L’école primaire française. Étude sociologique, Presses Universitaires de Lyon, 1980.

  • 2

    Guy Vincent, Presses Universitaires de Lyon.

  • 3

    Sous la direction de Yves Reuter, De Boeck Supérieur, 2013. Voir aussi le Traité des didactiques, 2021, chez le même éditeur.

  • 4

    Voir plusieurs publications de Guy Vincent : « La socialisation démocratique contre la forme scolaire », Revue éducation et francophonie, 2008, vol. 36. « La forme scolaire : débats et mises au point ». Entretien avec B. Courtebras et Y. Reuter. Recherches en didactiques, 2012, n° 13 et n° 14.

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