L’école et la nature : petite histoire d’une occasion manquée
À Bouffémont, dans le Val-d’Oise, un terrain d’aventures, précurseur dans les années 1970, a marqué plusieurs générations. Trois témoins de cette expérience croisent leurs regards en déambulant sur les lieux de leurs souvenirs. Au fil de la discussion, émergent différentes conceptions éducatives autour de la place du corps ou de la nature, qui résonnent encore aujourd’hui. Et l’on découvre que l’école dehors telle qu’on la connait aujourd’hui n’est pas toujours allée de soi…
Comment êtes-vous entrés dans l’aventure les uns et les autres ?
Michel Lacoux : Je suis arrivé depuis mon Poitou natal à Bouffémont en 1974, où j’ai commencé ma carrière en tant qu’enseignant à l’école des Hauts Champs. Et dans l’environnement immédiat de l’école, il y avait le fameux terrain d’aventure ou jardin d’aventure. On n’a toujours pas tranché sur l’appellation. On avait tendance à l’appeler terrain d’aventure, parce qu’on ne savait pas très bien ce qui s’y passait, nous les enseignants, alors que c’était de l’autre côté de la frontière de l’école, parce que c’était un lieu pas très défini, auquel les enfants avaient accès le mercredi, mais aussi pendant les vacances, avec une pédagogie qui paraitrait maintenant extrêmement libertaire parce que c’étaient les enfants qui définissaient eux-mêmes leur programme. Ils construisaient des choses, en détruisaient d’autres, des pneus, des voitures, des choses comme ça, et pour une partie de la communauté scolaire, qui était enfermée dans ses principes, tout ça était un peu révolutionnaire. On se méfiait un peu de ce qui se passait là-dedans. Surtout parce que l’encadrement était, d’après nous, assez élastique. Donc il y avait une suspicion ou une certaine méfiance. Peut-être aussi parce que c’était une pédagogie qui, d’une certaine façon, nous…