Nous ne sommes pas en guerre avec le vivant

Publié le Lecture : 4 min Par Jean-Michel Zakhartchouk

Nous ne sommes pas en guerre avec le vivant, Mathieu Farina, EDP Sciences, 2026.

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Couverture du livre " Nous ne sommes pas en guerre avec le vivant "

Ce livre en tant que tel ne s’adresse pas spécifiquement aux enseignants et n’a pas un rapport direct à l’école. Pourtant, il y est question constamment de pédagogie et d’invitation à travailler, à l’école comme ailleurs, pour que change notre regard sur le vivant. Mais aussi à comprendre et faire comprendre pourquoi la défense de la biodiversité n’est pas une préoccupation ou obsession de quelques écolos qui s’intéresseraient plus à la nature qu’à l’humain.

L’auteur a longtemps été l'un des responsables de la fondation La main à la pâte, chargé des questions d’éducation à l’esprit critique et au développement durable, et il est aujourd’hui formateur d’enseignants. Nous avions ici même rendu compte de son ouvrage La crise environnementale n’aura pas lieu. Dans la conclusion du présent livre, Mathieu Farina évoque ce qu’il considère comme le rôle de tout pédagogue : « Il amène celui qui n’a aucune conscience écologique à se sentir concerné. Il montre à celui qui est prêt à agir le chemin vers la réussite. » 

Cela ne dépasserait la mission de l’enseignant que si on la considère comme simplement de « transmettre un savoir », mais en notre temps d’urgence écologique, elle en fait partie. À condition, sans doute, de s’accompagner d’une invitation à considérer la complexité des choses, les tensions qui peuvent apparaitre, par exemple, entre la sauvegarde de certaines espèces (trop vite qualifiées de « parasites » ou « nuisibles ») et les exigences de l’agriculture. L’auteur examine d’ailleurs les solutions possibles, qui passent malgré tout par des changements profonds (autre modèle agricole, ne pas sacrifier le long terme au court terme, etc.).

Les considérations qui précèdent ne doivent pas laisser à penser qu’il s’agit là d’un ouvrage de pure réflexion abstraite. Bien au contraire, fort de son expérience d’observateur de la nature, de participant à des actions environnementalistes et de scientifique, l’auteur nous fait découvrir ce qu’« ont à nous dire » les microbes, les moustiques, les criquets, les corneilles, les coléoptères ou les tariers des prés, entre autres…

Dans les six chapitres du livre, successivement, il nous propose de changer de regard sur la santé (les bienfaits, en matière d’immunité, de l’exposition aux microbes), de dépasser notre anthropomorphisme et nos notions étroites d’utilité des êtres vivants (ainsi les éponges peuvent-elles aider les recherches sur le cancer), de sortir d’une logique guerrière inefficace (faire face aux ravages des criquets ou des corneilles, mais de façon subtile et éclairée, et finalement plus efficace), d’apprendre à lire nos paysages (nous mettre en garde contre une certaine hubris au nom de l’intensification ou de la logique d’investissements fonciers), de retisser les alliances perdues (ne pas oublier les vertus méconnues du bouvier) et enfin, d’agir ensemble, qui passe par la mise en avant d’un « imaginaire enthousiasmant ».

Concernant les plus jeunes, l'auteur propose d'organiser une vraie et progressive « éducation au vivant », ancrée dans le lieu de vie, interdisciplinaire et, bien sûr, s’appuyant sur de solides connaissances. Les exemples donnés dans le livre, que l'on peut approfondir par des recherches, peuvent être des points d’appui pour des mises en œuvre à l’école, tout cela demandant, naturellement, un renforcement de la formation des acteurs sur ces questions si essentielles.

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