Un détour obligé par la complexité ?

Publié le Lecture : 18 min

Ce texte se propose d’examiner les orientations pédagogiques et les pratiques de classe qui favorisent la contribution des langues anciennes à la formation des citoyens dans un pays, la Belgique, et une Europe en quête d’identité.

Dans les stéréotypes sur l’enseignement, les langues anciennes sont rarement associées aux innovations pédagogiques ou à des enjeux tels que l’éducation à la citoyenneté. Certes, citoyenneté et langues anciennes semblent liées par un rapport ancestral, vu l’origine des concepts : la démocratie grecque, la république romaine. Les adolescents découvrent et analysent ces notions en cours de latin et de grec, ce qui les sensibiliserait ipso facto à leur future responsabilité de citoyen. Qui peut croire que la connaissance des institutions antiques suffit à développer les compétences nécessaires à la citoyenneté contemporaine ? Chaque latiniste ou helléniste sait que les différences entre l’Antiquité et notre quotidien empêchent toute projection anachronique de ces concepts sur notre société. Les récupérations de l’Antiquité classique par des idéologies totalitaires prouvent que la connaissance du passé permet des dérapages antidémocratiques et même, par manipulation de l’information, une certaine théorisation de la barbarie.

Il faut évidemment rappeler qu’on ne peut séparer la citoyenneté et la mise en commun de certaines valeurs. La maitrise du langage intervient, puisque la citoyenneté requiert des compétences linguistiques pour s’exprimer, débattre et persuader. Mais ce n’est pas tout : l’orateur ne fait pas le citoyen.

Vu l’évolution de la société, il est illusoire de vouloir former des citoyens en répondant directement aux problématiques sociétales. L’autonomie intellectuelle est la condition sine qua non de la citoyenneté. Il est nécessaire de juger objectivement les discours des médias et des politiciens avant de se prononcer. Quels éléments du monde scolaire développent l’autonomie intellectuelle ? Si les discours sur la fonction émancipatrice de l’école ne manquent pas, penchons-nous sur les pratiques qui la concrétisent.

Il s’agit d’identifier les compétences transversales contribuant à l’autonomie intellectuelle : la familiarisation au traitement de la complexité, la pertinence des savoirs et une certaine combinaison de la décentration et de la réflexivité. Examinons la première de ces propositions, car les autres s’y articulent.

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