Un changement de paradigme nécessaire
Il n’est sans doute pas illégitime pour certains de se demander aujourd’hui s’il est raisonnable de maintenir au collège et au lycée un enseignement optionnel du latin et du grec au moment où la réflexion sur les rythmes scolaires est relancée, où plusieurs études soulignent la lourdeur des programmes et des connaissances à mémoriser, le trop grand nombre d’options et la trop longue durée de la journée d’un élève français.
Un rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale sur l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité dans le second degré a récemment souligné ses piètres résultats : « Les élèves ne parviennent pas à lire un texte bref en latin à la fin du collège. Au lycée, il faut pratiquement reprendre tout ; et le même constat est fait quant à la difficulté des élèves pour traduire quelques lignes sans aide. » Les langues anciennes seraient-elles donc vouées à être réduites à une « poussière d’excentricité marginale », pour reprendre la très belle expression de Bronislav Malinowski ?1. Au moment où l’on parle d’une prochaine rénovation du collège, il est peut-être plutôt raisonnable de poser la question de l’utilité de ce que l’on appelle désormais les « langues et cultures de l’Antiquité ». La question de la refondation pédagogique de l’enseignement du latin et du grec s’inscrira alors dans une interrogation plus générale sur le genre de formation que l’institution scolaire souhaite donner aux élèves pour les préparer à devenir les citoyens de demain.
La nouvelle appellation, langues et cultures de l’Antiquité (LCA), précise l’identité de la discipline des langues anciennes, qui ne saurait se réduire à un enseignement de culture ou de langue : enseignement de culture, elle pourrait voir ses contenus pris en charge par d’autres disciplines telles que l’histoire et le français, et, enseignement de langue, elle afficherait son inanité dans un monde où aucune communication ne s’opère par ce canal.
Cette appellation établit une indissociable relation entre la langue, les textes latins et grecs, et ce que l’on appelle parfois la « civilisation ». Elle affirme que le cœur de cette discipline, c’est l’étude du texte, latin ou grec, et que c’est l’étude du texte qui va donner sens, et intérêt, aux pratiques civilisationnelles et linguistiques. Le temps est révolu où les élèves apprenaient la langue ancienne pour elle-même. C’est dans la mesure où le texte, latin ou grec, est placé au cœur de l’enseignement de ces langues et cultures de l’Antiquité qu’elles pourront constituer pour des élèves d’aujourd’hui un détour formateur à nul autre pareil.
Les langues et cultures de l’Antiquité : un pouvoir éducatif essentiel, un détour formateur pour un élève d’aujourd’hui, citoyen de demain
Il est habituel, voire de bon ton, d’affirmer que notre culture est profondément enracinée dans le monde antique. Une telle affirmation postule en réalité qu’Athènes, et Rome plus encore, sont nos mères nourricières dans la plupart des domaines, linguistique, social, économique, politique, juridique, scientifique, littérai…