S’engager dans un projet commun
Un chef d’établissement organise le travail, au sens fort de l’expression : pas seulement en assumant des tâches administratives, en s’occupant également de la mobilisation des personnels du collège ou du lycée autour d’objectifs communs.
Mon premier poste de chef d’établissement, en 1984 : le collège Romain-Rolland, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), gros collège en zone d’éducation prioritaire, plus de 900 élèves. Une grande misère sociale, une large majorité d’enfants étrangers, une ville enclavée. L’établissement est ouvert à tous vents, avec des locaux dispersés, une espèce de Pailleron dans un état misérable. Je ne comprends guère le jeu des relations avec les syndicats tout-puissants et les enseignants qui baignent à l’époque dans une culture antidirection. Ma maladresse de débutante me fait arriver avec un sourire de superprof favorable à l’innovation, les Cahiers pédagogiques ostensiblement sous le bras. J’ai rangé le sourire, les Cahiers, et les difficultés se sont succédé pendant deux ans. Puis, j’ai appris mon métier sur le tas. Je ne savais comment faire sortir les personnels du discours de la plainte que j’entendais partout, en particulier en salle des professeurs : « De toute façon, nous sommes un des collèges les plus en difficulté de Seine-Saint-Denis. Notre établissement devient un ghetto de misère et d’échec. Les élèves partent tous massivement vers le lycée professionnel ou l’entreprise ou bien redoublent. Pourquoi les envoyer au casse-pipe en les orientant vers le lycée général ou technique ? Il n’y a rien d’autre à faire qu’à at…