PISA, au-delà des palmarès

Publié le Lecture : 6 min

Logo de l’IFE (Institut français de l’éducation)Les prochains résultats aux évaluations PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) paraitront en septembre 2026. Portée par l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), cette enquête internationale est menée tous les trois ans, dans plus de quatre-vingt-dix pays. Elle mesure alternativement les compétences des jeunes de 15 ans en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en culture scientifique – cette dernière fait l’objet de l’évaluation approfondie dont les résultats seront publiés cette année. Focus sur une enquête devenue incontournable pour la sphère médiatique comme académique.

PISA, au-delà des idées reçues

Depuis sa première édition en 2000, PISA est progressivement devenu un véritable marronnier médiatique : les journalistes des médias généralistes ou spécialisés scrutent ses résultats dès leur sortie. Ils et elles mettent en avant le palmarès des pays participants, le niveau très moyen de la France, ou encore la baisse généralisée des compétences en mathématiques des adolescents et des adolescentes.

Mais les recherches, notamment en sciences humaines et sociales, mettent à distance ces analyses journalistiques, et nuancent en particulier l’importance accordée au classement national, élément parmi les plus fragiles des résultats obtenus à l’issue de l’enquête1. Pour aller au-delà des idées reçues, ces travaux scientifiques apportent des éléments de compréhension complexes pour saisir la pluralité de PISA.

La sociologie est sans doute la discipline qui s’est le plus intéressée à cette comparaison internationale. Pour les sociologues, PISA constitue une base de données riche pour comprendre les facteurs de réussite des élèves. Ils et elles prennent en compte l’organisation des systèmes éducatifs, les inégalités sociales, ou encore celles liées au genre.

Si les sociologues mobilisent les résultats PISA pour leur recherche, les chercheurs et chercheuses se sont aussi penchés sur ses méthodes et en ont montré certaines limites. Par exemple, certaines de leurs enquêtes remettent en question la nature universelle des tests, tant dans le fond que dans la forme2. Elles démontrent notamment que des biais peuvent provenir de la traduction des questionnaires à partir de l’anglais. Cela peut créer des approximations langagières et entraver parfois la compréhension des questions.

Les chercheurs et chercheuses en sciences politiques ont, de leur côté, abordé le sujet d’une façon différente. Leurs travaux nous renseignent davantage sur les usages des résultats PISA dans les arènes médiatiques, politiques et institutionnelles3. Les sciences politiques permettent, en effet, de comprendre l’influence des résultats et des recommandations PISA dans l’orientation des politiques éducatives nationales – phénomène qualifié de soft power.

Ainsi, les pays concernés par l’enquête se dotent progressivement de leur propre système d’évaluation et d’indicateurs pour accompagner les décisions politiques nationales en matière éducative. Mais si PISA influence de plus en plus les politiques éducatives de certains pays, les effets de son soft power s’adaptent dans la plupart des cas aux besoins des contextes nationaux.

L’éducation vecteur de développement

Quant aux sciences économiques, elles permettent, entre autres, de répondre à une question centrale quand on s’intéresse à PISA : pourquoi l’OCDE, une organisation internationale dédiée au développement économique, a-t-elle mis en place une évaluation consacrée à l’éducation ? Dans les années 1960, un groupe d’économistes américains à démontré les liens entre le niveau d’éducation d’une population et la croissance économique d’un pays. L’éducation est alors considérée comme le vecteur du développement des compétences des individus, en particulier pour répondre aux besoins du monde du travail. Dans une perspective économique, elle est donc perçue comme créatrice de richesses nationales4.

Bien que non exhaustif, ce triptyque disciplinaire – sociologie, sciences politiques et sciences économiques – apporte une vision panoramique sur PISA. Il permet de comprendre les usages des données du programme, d’apporter un regard critique sur les méthodologies employées, d’analyser les effets des résultats et des recommandations sur les politiques nationales, et enfin de saisir plus finement les visées de performance éducative portées par l’OCDE.

L’intérêt de mobiliser des travaux scientifiques est donc bien de sortir d’une vision réductrice de PISA, trop souvent assimilé à tort à un simple palmarès.

Marie Lauricella
Chargée de médiation scientifique, équipe Veille et analyses de l’IFÉ (ENS de Lyon)

Pour aller plus loin : Marie Lauricella, « Comprendre PISA, entre production de données et outil de pilotage », Édubref n° 29, octobre 2025, ENS de Lyon. https://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/Edubref/detailsEdubref.php?parent=accueil&edubref=43.

Sur notre librairie

Couverture du numéro 604 : « Enseigner les compétences psychosociales »


    À lire sur "Chroniques"

    À lire sur "Interdisciplinarité"

    « Enseigner l’Europe sert à rapprocher les uns des autres »

    L’Europe n’est ni une forteresse ni un modèle parfait. Elle évolue autour de valeurs partagées. Comment enseigner cette Europe vivante, contradictoire et inspirante ? Comment donner aux élèves les outils d’une citoyenneté européenne ouverte et critique ? C’est l’objet du dossier du n° 607 des Cahiers pédagogiques, « Enseigner l’Europe », dont les coordinatrices, Mélanie Horwitz et Nathalie Samy, nous donnent ici un aperçu des enjeux et des articles à découvrir.

    Publié le 30 septembre 2026 9 min
    Classe flexible et compétences psychosociales

    Largement répandue au Canada, la classe flexible est une manière de repenser l’espace en favorisant l’autonomie et la coopération des élèves, tout en interrogeant les postures enseignantes. Des travaux de recherche montrent comment le mobilier ajustable et les zones d’activité conduisent les élèves à une conscience de leurs besoins et à une régulation émotionnelle. Une pédagogie innovante, au service des compétences psychosociales.

    Publié le 27 août 2026 11 min