Parlons des sujets qui fâchent
L’enseignement de philosophie ne plane pas dans les hautes sphères des idées abstraites, loin du brouhaha du monde : il engage au contraire maitre et élèves dans des controverses sur des valeurs fondamentales, qui touchent vivement chacun. Quelques pistes de médiation ici, en particulier sur la question de la religion : le recours aux textes, l’agnosticisme méthodologique, les expériences de pensée.
« Ne parlons pas des sujets qui fâchent ! » Aux repas de fêtes, aux diners en ville, par respect des convenances ou souci de paix familiale, parlons de tout… sauf de politique ou de religion ! Ainsi s’exprime la sagesse populaire.
Or, les sujets qu’on aborde dans la classe de philosophie sont de ceux qui suscitent des querelles. Comment, par exemple, comprendre la notion d’État sans voir l’antagonisme de la liberté et de la sécurité qui la constitue et qui engendre des politiques opposées ? Comment interroger la justice sans mentionner l’écart entre l’idéal et la réalité ? Sans questionner le droit de révolte ? Peut-on expliquer la notion de droit sans rappeler l’opposition entre les « droits liberté » (droit d’expression, de réunion…) qui réclament moins d’État et les « droits sociaux » (droit au travail, à la santé…) qui exigent plus d’État ? Peut-on aborder la religion sans s’impliquer dans le conflit entre la raison et la foi ? Le bonheur sans mentionner ses multiples conceptions et la discorde fréquente qui l’oppose au devoir ? Toutes ces notions sont par nature polysémiques : …